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Alain Oudin
une vie magique
www. enseigne-des-oudin.com
Alain Oudin
1936 - 1976
DE
BIOGRAPHIE CHRONOLOGIQUE DE
PIERRE MOLINIER
édition
à l’enseigne des Oudin
www.
enseigne-des-oudin.com / septembre
2005
| 1966-1975 | 1976 et aprés... |
MOLINIER UNE VIE MAGIQUE 1900 1935
Vendredi - Saint 13 avril 1900 !
outre
cette date de naissance triplement extraordinaire : vendredi 13 & vendredi – saint & 1900, fermant le siècle, la vie de Pierre
Molinier, homme de passion et de rupture, s’organise curieusement – à partir
de 1936, c’est un fait – par décennies qu’on peut dire « magiques »
puisque ponctuées d’événements majeurs de son existence :
1936 visite des émissaires du Dalaï Lama -
1946 Amours,
reprise de la peinture après-guerre et premier tableau érotique - 1956 exposition de peinture, galerie A L’Etoile scellée à Paris, organisée par
André Breton - 1966 première exposition de photographie et première
projection publique du film de Raymond Borde, organisées par Jean-Pierre Bouyxou
au cinéma ABC, à Bordeaux – 1976 « Je me donne volontairement la mort. »
Avant 1936, un enfant très
précoce, un adolescent très mature, un entrepreneur – compagnon très responsable,
un mari très volage et mauvais père, mais déjà avant l’âge de vingt ans, un
artiste, vrai créateur ?
Un enfant très précoce :
1903 Dit dans leurs jupes, caresser les jambes
des ouvrières de sa mère couturière : « Mais enfin, c’est le Diable, ce petit ! »
1906 Rentre chez les Frères des écoles chrétiennes
d’Agen, l’école Félix-Aunac où l’on enseignait aussi le dessin ; la quittant
à 13 ans, il dira n’en garder que des souvenirs de pédérastie.
Dit peindre son premier tableau : Le gros arbre de Casalet « dans le
paysage aux lointains bleus » avec collines et vallées du haut pays qu’il
préférera toujours aux platitudes du rivage ; et dit aussi « décider
de le refaire quand je serais grand ! » : il le refera à 28
ans et l’a gardé souvent sur ses murs du studio.
1908 Dit avoir enfilé les bas de sa sœur aînée
Julienne et chaussé les souliers de sa mère Anna en leurs absences, et avoir
reçu – ce qu’il ne lui pardonnera jamais - une correction de son père pour
avoir embrassé, à ses pieds, les jambes de sa sœur, plaquée contre le mur,
lui disant : « Tu vas
faire le Bon Dieu, le Crucifié » [son actualité blasphématoire,
lorsqu’il raconte cette anecdote !] Une autre fois, surpris par sa sœur, se
regardant les jambes, il lui dira : « Oui, il me semble que je vois
les tiennes ». (entretien de Pierre
Molinier avec Pierre Chaveau, rue des Faussets – 1972, édition Opales/ Pleine Page, 2003) Dans la suite du texte, les références à cet ouvrage sont libellées ainsi :
chaveau. 1972)
Un adolescent très mature :
1912 Dit commencer sa vie érotique adulte dans
les taillis des bords de la Garonne avec Gracieuse,
une prostituée d’Agen, « une basque, très économe, très, très, une femme
qui a fini avec une affaire énorme » [Mohror,1973]
qui est étonnée de son apparente expérience et le
gardera comme amant ; « Alors, tout de suite, je lui avais embrassé
les jambes. Vous pensez, j’étais fou d’avoir une femme comme ça, et puis de
pouvoir… alors je lui avais mis les jambes en l’air et je l’avais baisé avec
les jambes en l’air, parce que j’étais excité par les jambes. » extrait
d’un souvenir de Molinier, lors d’un entretien avec Pierre Petit, le 7 juin
73.
1913 Sort de l’école primaire des Frères vers 13
ans ; commence aussitôt à travailler avec son père, comme apprenti peintre
et entre au cours du soir de l’école municipale de dessin d’Agen.
1916 Dit « commencer à vivre à Bordeaux, et
à faire de la photographie, même
un peu avant, à 15 ans ! »
extrait d’un entretien de Pierre Molinier avec Hanel Koeck, en 1970. [N’est - il pas envisageable que ses parents,
tous deux artisans créatifs – couture et peintre décorateur – aient eu un
appareillage photographique pour leurs activités dés cette époque ? ]
1918 Dit photographier sa sœur Julienne morte à
20 ans, de la grippe espagnole, « qui part avec le meilleur de lui-même !
… son sperme, sur sa robe de communiante et ses bas noirs ! » Leur
frère aîné Gilbert meurt aussi à cette époque.
1919 Première mention dans le livre de comptes
familial, le 30 avril 1919, d’activité indépendante à Bordeaux de « peintre
en lettres », [en « succursale » de l’entreprise paternelle
d’Agen ? de peinture et décoration en faux bois et faux marbres.]
1920 Service militaire pendant deux ans… pendant
ou après, séjourne à Paris, où il prend « contact avec diverses manifestations
artistiques et interroge ardemment l’œuvre des anciens maîtres ».
Un entrepreneur - compagnon
très responsable « qui a
anticipé la mensualisation de ses ouvriers » (entretien de Pierre Molinier
avec les Mohror, reporter-photographe, rue des Faussets, août 1973 / dans
la suite du texte : mohror, 1973).
1922 Se déclare officiellement comme artisan –
peintre, décorateur installé à Bordeaux, 12, place de la Bourse, dans une
garçonnière, où il vivait déjà depuis l’âge de 16 ans, et dont l’usage restera
dans la famille.
1924 Naissance de Monique Fournigault à Bergerac,
qu’il retrouvera plus tard, prostituée à Bordeaux, qui deviendra sa maîtresse
et son modèle, puis qu’il dira être sa fille ; «vivant à la colle »
puis mariée ? fin des années cinquante à Henri Rocchi, sujet problématique
mais « élève et protégé » de Molinier ; puis partie aux USA…
est elle encore vivante ?
1928 Contribue à la création de la Société des artistes indépendants bordelais.
dite A.I.B.. Première exposition :
«… La vie bordelaise était très terne. Pour la secouer, il fallait s’appeler
Hercule ou Molinier. Dans le lancement des Indépendants, il a joué le rôle
d’une fusée : il a amené tout ce qui était nouveau et tout ce qui n’était
pas vieux, avec une maestria extraordinaire. Il était d’un dynamisme inouï,
qui se manifestait par des engueulades prodigieuses… un caractère fantasque,
merveilleusement fantasque » voilà les souvenirs enchantés de Jac Belaubre,
autre Indépendant, rapportés par Pierre Petit, 1992, P.38-39.
1929 Expose Dame
blonde [tableau abstrait symboliste - 1928] aux Indépendants (Pauvert,
19 69, P.25)
1930 Expose La prière [tableau expressionniste symboliste]
aux Indépendants.
Un mari très volage, et mauvais père :
1931 Mariage avec Andréa Lafaye, dite Paulette
et Pop pour son mari à qui sa future belle-mère dira, d’après le marié, :
« vous épousez le diable ! » ; Paulette, infirmière, une
des plus belles femmes de la ville, dont le père tenait une quincaillerie.
Elle se révélera très bourgeoise… trop pour Molinier ! mais cependant
très amoureux l’un de l’autre, elle supportera ses frasques, lui, ramenant
ses fréquentes conquêtes à la maison, et assumant son mariage, bien qu’il
ait réalisé « qu’il s’était foutu dedans » ! (mohror, 1973). C’est elle qui demandera et obtiendra le divorce
en 1961, pour « violence conjugale » .
1932 Le couple
emménage 7, rue des Faussets, dans le quartier Saint-Pierre. Naissance de
leur fille Françoise le 13 septembre 32, qui se mariera dès sa majorité et,
infirmière comme sa mère, vivra loin de son père à partir de 1960, et ne reviendra d’Albi pour la région bordelaise
qu’à la mort de son frère cadet Jacques, dans un difficile contexte relationnel
avec son père.
1938 Naissance de leur fils Jacques, qui deviendra
technicien offshore et renouera avec son père très tardivement dans les années
soixante-dix ; il se tuera dans un accident de chantier en septembre
1975, en banlieue de Bordeaux.
(Certaines de ces informations dans l’ouvrage de Pierre Petit, MOLINIER une vie d’enfer, édition Ramsay
& Jean - Jacques Pauvert, 1992, P. 11 - 23.
/ Dans la suite du texte, les références à cet ouvrage sont libellées ainsi :
P.P. 1992)
Pierre Molinier présentait assez indiscutablement ce qui est depuis peu
diagnostiqué comme un syndrome caractériel d’hyperactivité, [impulsivité,
polarisation obsessionnelle et impossibilité
de « faire » ce qui ne l’intéresse pas, logorrée et agitation entraînant
chez lui, une précocité et une maturité incroyablement avancées dans l’enfance
et l’adolescence : quand les autres enfants jouent, lui est déjà dans
la liberté et le libre arbitre, l’action et le faire vrai, dans la vie adulte
et la volonté consciente : érotisme dès l’enfance ; amour et travail
à 12 – 13 ans ; réalisation des fantasmes et premiers tabous moraux et
sociaux enfoncés à 17 – 18 ans ; préfiguration de sa vie et de ses passions
dans les quelques mots prononcés à 8 ans « Tu vas faire le Bon Dieu,
le Crucifié. » Par exemple « Le personnage de Mozart du film de
Milos Forman est une illustration comportementale parfaite d’hyperactivté
enfantine » d’après une mère d’enfant diagnostiqué hyperactif.
La peinture (Le gros arbre de Casalet) ; le Bon Dieu ; le Crucifié ;
l’Amour et la Mort ; Molinier va les répéter pendant encore soixante
ans ! dans une urgence permanente ! « la mort aux trousses »,
celle de sa sœur Julienne, celle de leur frère aîné Gilbert, soit mort aussi
de la grippe espagnole, soit, comme il l’a dit plus tard aux Mohror, à la
guerre de 14-18 ? hécatombe qui, de toute façon, sera la toile de fond
de cette première période de vie ; suivie de la débandade morale de 1939
- 40 ; celle de son père, suicidé en 1944 à 78 ans ; la sienne dont
il a beaucoup joué dans les années 50… ; l’accident mortel, tout début
63 de son amie La Grande Magda ; celle de son fils Jacques en 1975 à 37 ans ;
puis « le jeu pour de vrai ! » : son suicide à 76 ans ;
et même post mortem, celle de Thierry Agullo « son légataire artistique »
en 1980, à 35 ans… de fait, une seconde mort pour Molinier… sa mort qui
ne semble pas « l’avoir beaucoup préoccupé ni inquiété, persuadé qu’il
n’y a rien après ! et qu’il faut vivre sa vie le mieux possible ! »
Molinier mort à 20 ans,
comme ses frère et sœur ? il aurait déjà eu une vie assez pleine ;
son histoire était déjà passionnante !
Que lui (Que nous) réserve la suite de cette existence déjà incroyable ?
L’exercice de la Liberté,
du Courage et de la Curiosité comme réponses à la question métaphysique
de l’existence : c’est-à-dire tout connaître et tout expérimenter de
l’existence des autres, et tout décider de sa propre existence ! campement démiurge appuyé sur des convictions animistes, qui par volonté
d’intercession entre les êtres et les choses, teintera son comportement et
son discours d’une tonalité ésotérique ; la conscience d’être magicien
et de pratiquer un art magique apparaissant ensuite, générant le personnage
du « Chaman » qu’il commence d’évoquer avec Jean-Jacques Pauvert,
fin 1966.
Dix ans avant, en 1955, à André Breton, il dira avoir « Trois passions/ La peinture/ Les filles/ et le Pistolet ».
Il aurait pu préciser les jambes des filles : son fétichisme des
jambes gainées de bas noirs ; en fait son « fétichisme du mollet
gainé de bas noir et cambré sur un talon aiguille » ; son « propre
mollet gainé de bas noir et cambré ».
Mais autour de 30 ans, une certaine normalité sociale semble avoir apparemment
prévalu : l’entreprise de peinture, le mariage et les enfants… mais ce
sera toujours avec cet aiguillon de l’hyperactivité multipolaire : érotisme
et création artistique… sans oublier le rire et l’exubérance, permanents durant
son existence, illustrant son sens de la dérision ; sans oublier non
plus son talent de conteur, expressions écrite et orale, reconnues malgré
sa propre modestie, par de multiples écrivains… à commencer par André Breton…
alors certains compromis s’imposent : « J’ai passé ma vie à
faire du décrottage dans la peinture en bâtiment pour rester libre dans le
domaine artistique » ; de même la raison de l’installation de l’atelier
au grenier du 7 de la rue des Faussets :
L’atelier dans un galetas,
dit Le Grenier Saint Pierre ou grenier
n.1, soupente au quatrième étage, située deux étages au-dessus de sa salle
à manger ; pièce étroite, basse, longue, éclairée par vasistas, meublée
d’un divan sous une poutre très basse, 1,40 m., portée par un pilastre, tomettes
hexagonales, une marche au premier tiers de sa longueur : atelier de
peinture, puis studio de prises de vues, ce local lui servira ensuite de resserre.
Cet atelier rendu indispensable parce que sa femme recevait ses amies là où
il peignait ; elles ne le laissaient pas tranquille : « elles critiquaient ! »