Janvier / février / mars 05
Charles Lapicque (1898-88) Man Ray (1892-76) Jean Pons (1913) Trois inclassables du XX° siècle.

Durant ce premier trimestre 2005 seront évoquées les nombreuses expositions que nous avons organisées, tant personnelles que thématiques réunissant ces trois artistes. C'est par ces œuvres que la galerie a initié son implication dans l'histoire de l'art.
Ils ont couvert la majeure partie du 20° siècle et ont en commun, de notre point de vue, d'être mal reconnus dans la diversité de leurs propres œuvres…Ils ont en commun également une certaine partie de leur histoire : c'est André Breton, pape du surréalisme qui, en 1962 classera Lapicque, avec la complicité de Charles Estienne, poète breton et promoteur de l'art abstrait, parmi les 10 peintres vivants les plus importants… c'est Jean Pons jeune lithographe qui fait découvrir à Lapicque la lithographie en 1945 et qui collaborera également avec Man Ray, pilier du surréalisme. Et d'autres circonstances que nous développerons… Courant 1985, je découvre simultanément le Danseur vaudou de Charles Lapicque et Morceau en forme de poire, hommage à Erik Satie de Man Ray. Ces deux lithographies provenaient du fonds de Bernard Balanci, mort dans notre quartier Beaubourg. Il fût l'avant-dernier marchand de Lapicque, après avoir été dans les années 60 un artiste du nouveau-réalisme ou du pop art français. Balanci, ami de François Pluchart qui l'évoque longuement avec César, Arman, Spoerri, et Jean-Pierre Raynaud dans son ouvrage Pop Art et Cie 1960-70.
Ces trois artistes, extrêmement inventifs, ont en commun, à une époque où l'abstraction était reine, d'avoir souvent recherché le fil du rasoir entre figuration et abstraction. Man Ray a inventé dans les années 20 tous les nouveaux réalistes, Charles Lapicque a influencé énormément d'artistes : Nicolas de Staël, Bazaine, Estéve, Manessier et la série de son danseur vaudou préfigure 10 ans avant, l'Hourloupe de Dubuffet. Jean Pons a été sollicité par ce dernier pour intégrer le groupe de l'art brut, ce qu'il a refusé et les papiers déchirés que nous présentons permettent notamment de comprendre cette offre de cooptation. Enfin c'est l'occasion d'évoquer les circonstances d'un différent avec certains ayant-droits Lapicque, indignés de la proximité d'artistes auxquels la galerie s'est attachée par la suite, comme Henri Maccheroni (1932), ou Pierre Molinier (1900-1976), et plus généralement l'art corporel. L'injustifiable de ce conformisme tient au fait que tous ces artistes singuliers ont été défendus par les mêmes critiques d'avant-garde, notamment François Pluchart - pour reparler de lui - à travers ses différentes tribunes qu'ont été le journal Combat, la revue arTitudes puis la seconde édition de la revue L'Art Vivant des Maeght, ou Michel Lequenne, historien et critique d'art notamment à Révolution ; charmant Lequenne avec qui nous avons initié notre collaboration avec Pons, redoutable Jean Pons ! Alain Oudin