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Pierre
MOLINIER
Surréaliste et Art Corporel Peintre et Photographe Né en 1900 à Agen Mort en 1976 à Bordeaux |
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Alain Oudin
MOLINIERÓ
une vie magique
1936 - 1976
DE BIOGRAPHIE
CHRONOLOGIQUE DE
Les échanges de correspondance entre Pierre Molinier et André Breton, pendant
plus d’une dizaine d’années, de 1955 jusqu’en 1965, puis ensuite avec beaucoup
d’autres interlocuteurs, évoquent et documentent son actualité : C’est
Breton qui lui avait demandé de « le tenir au courant » et Molinier
va en garder l’habitude avec ses interlocuteurs principaux : Joyce
Mansour, Alain Jouffroy, Lo Duca, Jean-Jacques Pauvert, Robert Margerit,
Raymond Borde, Eric Losfeld, Pierre Bourgeade, Roland Villeneuve, etc… Ces
courriers, et tous les courriers de Molinier jusqu’à sa mort sont une vraie
chronique de son œuvre et de sa vie ; aussi le principal outil pour
poser des dates fiables et cerner des phases d’évolution de l’œuvre ;
tous les mots sont importants ; d’autant plus que Molinier n’a pas
été très méticuleux avec ses archives ; voilà les raisons qui justifient
une biographie chronologique, laissant cependant beaucoup de questions ouvertes,
à des travaux et des réponses complémentaires. De plus une biographie en
ligne créant un index hypertexte facilitera la recherche d’information,
notamment de datation, court-circuitant l’établissement d’index souvent
incomplet, sinon inexistant !
Enfin des typographies colorées différenciant les sources, faciliteront
au lecteur l’articulation des propositions :les dires de Molinier / Les faits avérés /Les hypothèses de
l’auteur / (sources & notes)
TOUT REPASSER EN GRAS PEUT FACILITER LA LECTURE.
MOLINIER UNE VIE MAGIQUE
PERIODE 1900 -
1935
Vendredi - Saint 13 avril 1900 ! outre
une date de naissance triplement extraordinaire : vendredi 13 &
vendredi–saint & 1900, fermant le siècle, la vie de Pierre
Molinier, homme
de passion et de rupture, s’organise curieusement par décennies, qu’on peut
dire « magiques » puisque ponctuant son existence d’événements
majeurs :
1936 visite des émissaires du Dalaï Lama -
1946 Amours,
reprise de la peinture après-guerre ;
premier tableau érotique - 1956 exposition de peinture, galerie A L’Etoile scellée à Paris, organisée par
André Breton - 1966 première exposition de photographie et première
projection publique du film de Raymond Borde, organisées par Jean-Pierre
Bouyxou au cinéma ABC, à Bordeaux – 1976 Je
me donne volontairement la mort.
Avant 1936, un enfant très précoce,
un adolescent très mature, un entrepreneur – compagnon très responsable,
un mari très volage et mauvais père, mais déjà avant l’âge de vingt ans,
un artiste, vrai créateur ?
Un
enfant très
précoce :
1903 Dit dans leurs jupes, caresser les jambes
des ouvrières de sa mère couturière qui colère: « Mais enfin,
c’est le Diable, ce petit ! »
L’âge de l’œdipe c’est 3/4 ans ! - rien d’extraordinaire ou d’invraisemblable
au regard de la psychanalyse.
1906 Rentre, devenu poisson et coléreux, chez les Frères des écoles chrétiennes
d’Agen, l’école Félix-Aunac où l’on enseignait aussi le dessin ; la
quittant à 13 ans, il dira n’en garder que des souvenirs de
pédérastie.
Dit peindre son premier tableau : Le gros arbre de la vallée de Casalet « dans le paysage aux lointains bleus » avec collines et vallées du haut pays qu’il préférera toujours aux platitudes du rivage ; et dit aussi « décider de le refaire quand je serais grand ! » : il le refera à 28 ans (reproduit par Pierre Petit, 1992,folio ill. couleurs p.1) et l’a gardé souvent aux murs du « studio » du second étage, rue des Faussets.
1908 Dit
avoir enfilé les bas de sa sœur aînée Julienne et chaussé les souliers de
sa mère Anna en leurs absences, et avoir reçu – ce qu’il ne lui pardonnera
jamais - une correction de son père pour avoir embrassé, à ses pieds, les
jambes de sa sœur, plaquée contre le mur, lui disant : Tu vas
faire le Bon Dieu, le Crucifié. Une autre fois, surpris par sa sœur, se
regardant les jambes, il lui dira : Oui, il me semble que je vois les
tiennes. (entretien de Pierre Molinier
avec Pierre Chaveau, rue des Faussets – 1972, édition
Opales/ Pleine Page, 2003) Dans la suite du texte, les références à cet
ouvrage sont libellées ainsi : (chaveau1972)
Un adolescent très mature :
1912-13 Sort de l’école primaire des Frères vers 13 ans ; commence aussitôt à travailler avec son père, comme apprenti peintre et entre au cours du soir de l’école municipale de dessin d’Agen.
Dit commencer à ce moment (3 entretiens des années 70 & écrits2005,p.11&p.102) sa vie érotique d’adulte dans les « Ilots » taillis des bords de la Garonne avec Gracieuse, une prostituée d’Agen chez qui, avec son père, ils avaient fait des travaux de peinture : une basque, très économe, très, très… une femme qui a ouvert plusieurs maisons et a fini avec une affaire énorme…(entretien de Pierre Molinier avec les Mohror, reporter-photographe, rue des Faussets, août 1973 / dans la suite du texte : mohror 1973)…qui est étonnée de son apparente expérience et le gardera comme amant : alors, tout de suite, je lui avais embrassé les jambes. Vous pensez, j’étais fou d’avoir une femme comme ça, et puis de pouvoir… [faire l’amour] alors je lui avais mis les jambes en l’air et je l’avais baisée avec les jambes en l’air, parce que j’étais excité par les jambes. (extrait d’un souvenir de Molinier, lors d’un entretien avec Pierre Petit, 07.06.73). Et encore dans ses carnets : Mon apprentissage dans cette matière s’est fait vers l’âge de 13 ans, âge de mon apprentissage [de peintre-décorateur] où je travaillais chez une marchande d’amour à Agen, nommée Gracieuse, femme depuis devenue célèbre et qui m’a initié à l’acte. Maison dans laquelle je fus témoin oculaire des débordements de sa clientèle d’hommes fort considérés qui dans la clandestinité venaient assouvir leur besoin de lubricité, ne pouvant le faire avec leur femme légitime. [pour Molinier adolescent, c’est l’apprentissage de la volupté, et simultanément de l’hypocrisie sociale] Ces femmes de haute bourgeoisie condamnées à ne connaître que la souffrance, etc… (écrits2005,p.102,note70) Pourquoi contester là dans cette note, le témoignage de Molinier sur la date de son dépucelage ?
1916 Dit commencer à vivre à Bordeaux, et à faire de la photographie,
même un peu avant, à 15 ans ! (extrait d’un entretien de Pierre Molinier avec Hanel Koeck, en 1970)
1918 Dit photographier sa sœur Julienne morte à 20 ans de la grippe espagnole, qui part avec le meilleur
de lui-même ! … son sperme, sur sa robe de communiante et ses bas noirs ! Leur frère aîné
Gilbert meurt aussi à cette époque.
Dit se travestir en gonzesse pour carnaval
au bal de l’Alhambra et à 18 ans, comme j’allais déguisé en fille, travesti
sourd-muet en tournée de bals avec mes amis (écrits 2005, p.13 & 56)
1919 Première mention dans le livre de comptes familial, le 30 avril 1919, d’activité indépendante à Bordeaux de « peintre en lettres », en « succursale » de l’entreprise paternelle de peinture et décoration en faux bois et faux marbre à Agen dont l’activité s’arrêterait en novembre 1918 ?
1920 Service
militaire pendant deux ans… et pendant ?, ou après ses obligations
militaires, séjourne à Paris, où il
prend contact avec diverses manifestations artistiques et interroge ardemment
l’œuvre des anciens maîtres.
« Dans le temps où Freud publiait
l’« Au-delà du principe de plaisir », en 1920, Molinier avait
vingt ans, il était peintre en bâtiment. Peintre du dimanche aussi, des
paysages du Lot-et-Garonne originaire, et quelques portraits : Hitler,
à cette époque, avait les mêmes occupations… Elevé chez les Frères
des écoles chrétiennes et destiné prématurément à la prêtrise, Molinier découvrit la révolte et
le blasphème » (Jacques
Fénelon & Patrick Lacoste « Pierre Molinier, Photo souvenir »
Psychanalyse des arts de l’image / Colloque de Cerisy, été 1980, publication
en 1981 pp.121-133. collection « Psychopée » éd. Clancier-Guenaud)
dans la suite du texte : (Fénelon/ Lacoste,Cerisy1980)
Un entrepreneur - compagnon très responsable « qui a anticipé la mensualisation de ses ouvriers » (mohror1973)
1922 Se déclare
officiellement le 27 avril 22, comme artisan–peintre, décorateur installé
à Bordeaux, 12, place de la Bourse, dans une garçonnière de deux pièces,
sous les toits, où il vivait déjà depuis l’âge de 16 ans, dont l’usage restera dans la famille Molinier,
venue également s’installer à Bordeaux à cette date.
1923 déclare
officiellement sa résidence au 5 , rue du Parlement Sainte-Catherine :
appartement au second étage et atelier au rez de chaussée, dans un bel immeuble
de style. Noter que Molinier habitera toujours de beaux immeubles !
1924 Naissance de Monique Fournigault à Bergerac
le 30.03.1924, qu’il retrouvera plus tard après son divorce d’avec François
Bayes, prostituée à Bordeaux, qui deviendra sa maîtresse et son modèle, puis qu’il dira être sa fille ; «vivant à la colle» puis mariée [?] fin des années cinquante à Henri Rocchi, sujet
problématique mais élève et protégé de Molinier ; puis partie aux USA en 1964 et remariée… est
elle encore vivante ?
1925 Pendant une longue période, le peintre est
étrangement fasciné par le thème du château : il en dessine un grand
nombre, à l’aspect extrêmement sadien. (Bouyxou in Harangue n.2 1967)
1928 Expose
au Grand Palais - Paris, dans le cadre de la 33° exposition de la Société Nationale des Beaux-Arts. Contribue
à la création de la Société des artistes
indépendants bordelais. dite A.I.B..
Première exposition : «… La vie bordelaise était très terne. Pour
la secouer, il fallait s’appeler Hercule ou Molinier. Dans le lancement
des Indépendants, il a joué le rôle d’une fusée : il a amené tout ce
qui était nouveau et tout ce qui n’était pas vieux, avec une maestria extraordinaire.
Il était d’un dynamisme inouï, qui se manifestait par des engueulades prodigieuses…
un caractère fantasque, merveilleusement fantasque » voilà les souvenirs
enchantés de Jac Belaubre, autre Indépendant (Pierre Petit, 1992, P.38-39)
1929 Expose Dame blonde - 1928 (27x35 cm. reproduit Pauvert 1969, p.25) aux Indépendants ; tableau abstrait symboliste.
1930 Expose La prière aux Indépendants (La prière n.2 –1930 74x86 cm. reproduit P.P.1992, folio ill. couleur, p.4) tableau
impressionniste-symboliste de facture antérieure ? représentant un
crucifié: silhouette rouge, sur un calvaire; premier crucifié d’une longue
série qui ne s’achèvera qu’en 1965 avec Oh !
Marie … Mère de Dieu ; à sa base plusieurs personnages massifs bleus;
face à la croix, dans le ciel très clair, sorte de suaire, un adorant fantomatique;
tableau déjà dans la dualité saumon – vert, mais de tonalité générale plutôt
bleue-verte; adoptant le chromatisme des vitraux médiévaux : rouge
pour les lointains, bleu pour le premier plan. Adolf Loos, architecte pré-minimaliste,
ami de Klimt, peintre dans une certaine tradition néo-baroque (Frank Whitford Gustav Klimt, éd. M.Olender,1985, re-éd. Thames & Hudson, 1991,
p.125) reconnaît, validant l’art de Klimt à l’opposé de
sa propre esthétique, que « Tout
art est érotique. Le premier ornement du monde, la croix, est d’origine
érotique. Ce fut la première œuvre d’art… Une barre horizontale : la
femme allongée. Une barre verticale : le mâle qui la pénètre. L’homme
qui a créé ce signe a réagi à la même impulsion et connu la même béatitude
que Beethoven créant la Neuvième Symphonie. » Molinier
ne connaissait sans doute pas cette opinion proférée en 1908 ; mais
elle fonderait encore plus précocement Le Grand-Oeuvre
de Molinier ; ce dont on peut penser qu’il en avait lui-même conscience
par divers indices : ce tableau apparaît curieusement dans la prise
de vue au grenier2 de quatre jeunes gens au milieu de tableaux, dont La Prière -1930 est le plus ancien, et Succube –1952 le plus récent; photographie reçue par
Breton (Breton,lot2476,p.17)
entre 1955 et 59. L’importance de La prière est
confirmée par plusieurs citations dans ses carnets lorsque Molinier esquissera
un bilan de sa peinture dans les années 50 : La prière
comme essai de peinture abstraite (écrits2005,p.50)
et Duel –1951 qui est lui-même un résultat
de La Prière –1928 (écrits2005,p.101)
et comme Molinier note (écrits2005,p.107) à propos de Duel.
Dans un but tendancieux courant, le duel serait confondu avec assassinat;
peut-on
énoncer en paralléle à propos de La Prière. Dans
un but tendancieux courant, La Prière serait
confondue avec sacrifice/suicide ? prémice dés 1928 de sa contestation
des dogmes chrétiens ?
Un mari très volage, et mauvais père :
1931 Mariage
avec Andréa Lafaye, dite Paulette et Pop pour son mari à qui sa future belle-mère dira: « vous épousez le diable ! » ; Paulette, infirmière
à la clinique du Tondu où Molinier était déjà en charge de l’entretien,
une des plus belles femmes de la ville, dont le père tenait une quincaillerie. Elle
se révélera très bourgeoise… trop pour Molinier ! mais cependant très amoureux
l’un de l’autre, elle supportera ses frasques (FrançoiseMolinier:P.P.1992,p62) lui, assumant son mariage,
bien qu’il ait réalisé « qu’il s’était foutu dedans » ! et
ramenant ses fréquentes conquêtes à la maison. (mohror 1973) C’est elle qui demandera et obtiendra le divorce en 1961, pour « violence conjugale » .
1932 Le couple emménage 7, rue des Faussets, Maison des Aigles, dans le quartier Saint-Pierre.
Naissance de leur fille Françoise le 13 septembre 32, qui se mariera dès
sa majorité et, infirmière comme sa mère, vivra loin de son père à partir
de 1960, et ne reviendra d’Albi pour la région bordelaise qu’à la mort de
son frère cadet Jacques, dans un difficile contexte relationnel avec son père.
1938 Naissance de leur fils Jacques, qui deviendra technicien offshore et renouera avec son père très tardivement dans les années soixante-dix ; il se tuera dans un accident de chantier en septembre 1975, en banlieue de Bordeaux.
Certaines de ces informations dans l’ouvrage
de Pierre Petit, MOLINIER une vie
d’enfer, édition Ramsay & Jean - Jacques Pauvert, 1992, P. 11 -
23. / Dans la suite du texte, ces références sont libellées ainsi :
(P.P.1992)
Par
ailleurs il est fascinant de constater que l’œuvre et la vie de Molinier
– sa passion pour la chose érotique - vont sublimer activement, actualiser,
condenser et personnifier l’universalité archaïque du comportement humain ;
en effet, les
récits et pratiques relevant du mythe sont supportés par les structures
de l’inconscient ; maintes études furent faites sur ce sujet, à commencer
par Freud. Il s’agit ici de la thématique du déni
de l’absence du pénis maternel, dont le fétichisme
et l’exhibitionnisme sont corrélatifs.
Dans
l’introduction de l’ouvrage de l’ethno-psycho-thérapeute et psychanaliste
Georges Devereux (Baubo la vulve mythique, éd.Jean-Cyrille
Godefroy, Paris, 1983) : Parmi les
Mohave, certains garçons turbulents, censés devenir par la suite des chamans,
coinçaient parfois leurs verges entre leurs cuisses et s’exhibaient ainsi
aux femmes, disant : « Je suis comme vous, moi non plus je n’ai
pas de verge » Frappant portrait de Pierre Molinier :
jeune garçon turbulent, qui s’instituera chaman, à la passion érotique précoce
qui perdurera et s’amplifiera; voilà son futur décrypté avec clairvoyance
Portrait conforté aussi dans les ouvrages de Jean-Pierre Vernant (éd.M.Olender,1985 & revue Espaces,n.13/14,1986) dont « Fragments d’un itinéraire » par son dialogue avec Pierre
Kahn intitulé « La mort dans les yeux » (éd.Point-Seuil,1996)
analysant
également le mythe de Gorgô.
La
peinture ; le Bon Dieu ; le Crucifié ; l’Amour
et la Mort ; Molinier va les répéter pendant encore soixante ans !
dans une urgence permanente ! « la mort aux trousses », celle
de sa sœur Julienne, celle de leur frère aîné Gilbert, soit mort aussi de
la grippe espagnole, soit, comme il l’a dit plus tard aux Mohror, à la guerre de 14-18 ? hécatombe qui, de
toute façon, sera la toile de fond de cette première période de vie ;
suivie de la débandade morale de 1939 - 40 ; la mort de son père, suicidé
en 1944 à 78 ans ; la sienne dont il a beaucoup joué dans les années
50… Il est remarquable que ce soit après une inscription
de sa mort dans le réel, un jeu avec la disparition de l’image, qu’il devient
peintre de son œuvre (Fénelon/Lacoste,Cerisy 1980,p.132); l’accident mortel, tout
début 63 ? de son amie La Grande Magda ; celle de son fils
Jacques en 1975 à 37 ans ; puis « le jeu pour de vrai ! » :
son suicide à 76 ans ; et même post mortem, celle de Thierry Agullo
« son légataire artistique » en 1980, à 35 ans… de fait,
une seconde mort pour Molinier… et celles de plusieurs de ses marchands
successifs… sa mort qui ne semble pas l’avoir beaucoup préoccupé
ni inquiété, persuadé qu’il n’y a rien après ! et qu’il faut vivre
sa vie le mieux possible !
Molinier
mort à 20 ans, comme ses frère et sœur ? il aurait déjà eu une vie
assez pleine ; son histoire était déjà passionnante ! à défaut
d’être déjà un artiste, c’était évidemment un cas !
Que lui (Que nous) réserve la suite de cette existence déjà incroyable ?
L’exercice
de la Liberté, du Courage et de la Curiosité comme réponses à la question
métaphysique de l’existence: c’est-à-dire tout connaître et tout expérimenter
de l’existence des autres, et tout décider de sa propre existence ! campement
démiurge appuyé sur des convictions animistes, qui par volonté d’intercession
entre les êtres et les choses, teintera son comportement et son discours
d’une tonalité ésotérique; la conscience d’être magicien et de
pratiquer un art magique apparaissant ensuite, générant
le personnage du Chaman qu’il commence d’évoquer avec Jean-Jacques
Pauvert, fin 1966. Dix ans avant, en 1955, à André Breton,
il dira
avoir Trois passions/ La peinture/ Les filles/ et le Pistolet.
Il aurait pu préciser les jambes des filles : son fétichisme
des jambes gainées de bas noirs ; en fait son
fétichisme
du mollet gainé de bas noir et cambré sur un talon aiguille;
son propre mollet gainé de bas noir et cambré.
Mais autour de 30 ans, une certaine normalité sociale semble avoir apparemment prévalu : l’entreprise de peinture, le mariage et les enfants… avec aux cotés de l’érotisme et de la création artistique, le rire et l’exubérance, permanents durant son existence, illustrant son sens de la dérision ; sans oublier non plus son talent de conteur, expressions écrite et orale, reconnues malgré sa propre modestie, par de multiples écrivains… à commencer par André Breton… alors certains compromis s’imposent : J’ai passé ma vie à faire du décrottage dans la peinture en bâtiment pour rester libre dans le domaine artistique ; de même la raison de l’installation de l’atelier au grenier du 7 de la rue des Faussets :
L’atelier dans un galetas, dit Le Grenier Saint Pierre ou grenier
n.1 soupente au quatrième étage, située deux étages
au-dessus de sa salle à manger ; pièce étroite, basse, longue, éclairée
par vasistas, meublée d’un divan sous une poutre très basse : 1,40
m. portée par un pilastre, tomettes hexagonales, une haute marche au premier
tiers de sa longueur : atelier de peinture, puis studio de prises de
vues, ce local lui servira ensuite de resserre. Cet atelier rendu indispensable parce que
sa femme recevait ses amies là où il peignait ; elles ne le laissaient
pas tranquille : elles critiquaient ! (mohror1973).
* *
*
MOLINIER UNE DECENNIE DE VIE MAGIQUE 1936 - 1945
1936 Dit avoir été « contacté,
compte tenu de sa date de naissance, par deux lamas, émissaires du DALAÏ
LAMA, pour exécuter treize peintures symboliques et rituelles relevant du
psychisme (œuvre secrète). » Ils sont venus deux fois
à Bordeaux, à un an d’intervalle, commander puis prendre livraison des peintures. De
l’un d’eux, Molinier avait l’adresse parisienne.
Deux lamas dont Pierre
Chaveau connaît les noms, étaient en mission en Europe; voyage d’étude sur
« l’aryanité » à la sollicitation du gouvernement allemand de l’époque ce qui explique la discrétion
des instances bouddhistes contemporaines. Le monastère tibétain, récipiendaire
des œuvres de Molinier, également connu de Pierre Chaveau, a été détruit
par le régime chinois.
Mettre partout le conditionnel ? C’est pour le catalogue de son
exposition à la galerie l’Etoile Scellée en 1956, que Molinier, situant la naissance de son œuvre
en 1946, avec Amours, (tableau titré et daté au dos ;
reproduit par P.P. 1992, ill. couleurs p.4 ; mais date et orthographe
erronées) va pour la première fois évoquer l’exécution
(œuvre secrète) de peintures symbolistes, vers 1936 ajoutant que l’apport
mystique de cette initiation se fait nettement sentir en 1946. Molinier, s’appuyant
sur André Breton, ferait naître ce rythme décennal; confirmé par hasard en 1966 par
Jean-Pierre Bouyxou, puis définitivement en 1976, par son suicide. Mais aurait-il anti ou
post-daté ce tableau Amours… ! ?
Pierre Chaveau - Janvier
97 : « Mon sentiment intime est que l’œuvre et la personne
de Molinier, indissociable, constituent une véritable mystique, et je ne
suis pas loin de le considérer comme un ascète du sexe. Et que la vocation
érotique de cet ermite ait été suscitée par une commande de dessins tantriques
émanant du Dalaï-Lama en personne, n’a rien de surprenant pour moi. L’une des clefs majeures de l’énigme
Molinier tient peut-être entre deux rires dévastateurs : Celui du dieu-vivant
du bouddhisme tibétain, et celui de l’artiste dont je doute contre Baudelaire,
qu’il soit devenu « un de ces grands abandonnés, au rire éternel condamné
» (revue
Jour de Lettres, numéro spécial Pierre Molinier, à l’initiative de Pierre
Chaveau, dossier coordonné par Françoise Molinier, Alain Oudin et Didier
Periz, Pleine Page éditeur, 1997, p.7. / dans la suite du texte : JdL. 1997)
Gilles Dusein – 1989 :
« C’est en 1936 que s’accomplit une transformation essentielle dans
son œuvre. Aux tendres paysages du Bordelais, aux trop académiques portraits
de famille qui lui valent pourtant l’admiration des gens de sa région, se
substituent les silhouettes dénudées des nymphes, de personnages solitaires
dans des décors imaginaires, de couples amoureux et il proclame « exécuter
des peintures symbolistes relevant du psychisme »… (communiqué de presse, exposition
galerie Urbi & Orbi, Paris, 1989)
Patrick Lacoste (Fénelon/Lacoste,Cerisy1980) : « Molinier… passât d’un
certain impressionnisme à l’abstraction, vers ce qu’il appellera néantisation (p.124)… Il est remarquable aussi que
l’épisode biographique de la fausse mort de 1950 ait suivi la période néantiste où s’était engloutie la peinture,
c’est sur un mode mystique qu’il commencera d’explorer le sexuel. C’est
donc après une inscription de sa mort dans le réel, un jeu avec la disparition
de l’image, qu’il devint peintre de son œuvre (p.132) [Le Suicide du peintre à l’atelier –environ
1952 illustre d’ailleurs mieux cette hypothèse que la
tombe prématurée –
1956 même si, ou puisqu’elle est anti-datée en 1950] Vers 1936 il se sent choisi, « appelé »,
sur un mode mystique, pour « exécuter des peintures symbolistes relevant
du psychisme » [ici sans référence aux
tibétains !],
c’est par l’implication qu’il se définit alors : « une présence…
le rayonnement matérialisé de l’individu ». La chose humaine se mêle au tableau, apparition
du corps entier, nu, puis fragmenté, et surtout le sperme est lié au vernis
[avant 1946?], constitue un « glacis »
intermédiaire (p.124)
Jacques Abeille – 1979
- : « Pierre Molinier aurait fort bien pu, sa vie durant,
demeurer un fort honorable peintre paysagiste postimpressionniste… Il suffisait
en somme qu’il accrochât ses toiles contre le mur opaque de sa vie privée.
Mais ce mur s’effondra et Pierre Molinier dut consacrer sa peinture à des
irruptions de sa vie intérieure soudain mise à nu – la vie de la peau même.
/ Dés lors l’opinion s’est répandue selon laquelle la rupture entre l’ermite
scabreux du grenier Saint Pierre et la société bordelaise se situe ici.
Certes Molinier se sépara, avec éclat, d’un conformisme certain et dominant,
mais à mes yeux, ce fut pour retrouver une expérience authentique qui n’est
pas sans précédent dans la région. / Si les bordelais, en peinture, vont
de préférence au plus banal, on leur reconnaît, en revanche, une extrême
acuité d’exigence en ce qui regarde le dessin et la gravure… / En exil
tout autant, Molinier campa sa vie à Bordeaux, ce qui constitue peut-être
la manière la plus sincère d’être présent à cette étrange ville, si belle
et si froide. / Or, ce que dans l’œuvre de Molinier on peut appeler la crise
de 36, tourne autour du dessin. Antérieurement à cette date, ses tableaux
sont construits par un coloriste, ensemble ferme et sensible. / Mais peu
à peu, la couleur gagne son autonomie contre les exigences de représentation,
pour n'être plus qu'un bouquet d'émotions nuageuses, tantôt solaires, tantôt
nocturnes, cependant que le dessin se met à exister en lui-même et non plus
comme une frontière que détermine la répartition des masses colorées. C’est
l’époque des premiers « combats » qui, sans doute, témoignent
de la lutte de l’artiste avec l’ange du bizarre, mais sont aussi le lieu
où dessin et couleur s’affrontent en un déchirement exaspéré. Commencent
quinze années de solitude, [jusqu’à
la reconnaissance par André Breton] en
quête d’une maîtrise unique et irréductible… / Dés lors ce que grave le
dessin y devient, la couleur aidant, le plissement d’une peau que malaxe
la rage érotique. / Chaque tableau est un tatouage. Dans les derniers, pour
une plus intense révélation de la surface, le peintre immobilise des frissons
sous des résilles… ;/ demeurent donc ces surfaces fluides où glissent
d’impénétrables étreintes. Elles témoignent à la fin et par-delà toute anecdote
d’un furieux et exemplaire désir de peindre – qui est sans doute le plus
scandaleux de tous les désirs. (extraits de Présence de l’exil, texte publié dans Molinier, Peintures et Photomontages, Fondation
Aquitaine et Centre Georges Pompidou, Musée national d’art moderne, 1979.
et repris dans Présence de L’exil,
recueil de la totalité des textes de Jacques Abeille pour Molinier, édité
par Opales / Pleine Page, Bordeaux, en collaboration avec la galerie A l’Enseigne
des Oudin, Paris, 2005, p. 33 & 34)
Pierre Molinier – 1970 : Pour moi, ça [cette rencontre avec
les lamas ?] a
été une sorte de révélation, parce que j’ai pensé qu’il y avait autre chose.
Ma propre peinture a évolué, elle a certainement subi l’influence de ces
gens qui pensaient peut-être un peu différemment de moi. Ca m’a donné l’idée
de l’ésotérisme. Mon inspiration a subi une sorte de bifurcation. A ce moment-là
j’ai essayé de faire des choses autres que ce que j’avais peint jusqu’alors.
A la fin, ça a bifurqué sur l’ésotérisme. » (entretien avec Hanel Koeck, 1970)
35-36 REVOLUTION -1935-36 tableau
repris en 49 et re-titré NON CONFORMISME -1949 (P.P. 1992, P.
222) On
verra pourquoi? lien sur
1949 Non Conformisme
1937 Sortie de : André Breton, L’Amour Fou, Gallimard : « …
la beauté nouvelle, la beauté « envisagée exclusivement à des fins
passionnelles » (p.12) … dont l’effet
sur moi se montre magique (p.14) … la beauté convulsive [dialectique du mouvement
et du repos] (p.15) … La beauté convulsive sera érotique-voilée,
explosante fixe, (ill. par Man Ray p.17) magique
circonstancielle ou ne sera pas. (p.26) … Je n’avais
pas cessé de m’intéresser au progrès de cette statue « L’Objet invisible »
(ill. p.30) d’Alberto Giacommetti (p.41) [Noter qu’à l’occasion d’E.R.O.S. en 1959, l’accrochage
de Breton [?] réunira Giacommetti, Man Ray et Molinier] … Se vérifie … la proposition de Freud :
« Les deux instincts, aussi bien l’instinct sexuel que l’instinct de
mort, se comportent comme des instincts de conservation, au sens le plus
strict du mot, puisqu’ils tendent l’un et l’autre à rétablir un état qui
a été troublé par l’apparition de la vie » (p.56) … Cette jeune femme qui venant d’entrer était comme entourée d’une vapeur
– vêtue d’un feu ? – Tout se décolorait, se glaçait auprès de ce teint
rêvé sur un accord parfait de rouillé et de vert [justement
la palette de Molinier !] – Cette
femme était scandaleusement belle » (p.62)
Ce
manifeste poétique explique la profonde admiration de Breton pour Molinier
qu’il comparera à Rimbaud ! et le plaisir inquiet qu’il exprimera en
face de ses œuvres, aussi longtemps que Breton manifestera ses sentiments,
même si, selon Alain Jouffroy, il y mettait une restriction mentale. Peter Gorsen , en 1972, rendait compte du
sentiment de Pierre Molinier : Le fait est qu’il était un avocat
de l’amour fou. Il n’a jamais vu dans ma peinture quelque chose de « sexuel »,
car elle a toujours été « érotique » et jamais ce qu’on appelle
« pornographique ».
1940 SATIN
BLANC - 1940 (81x65 cm. reproduit par Pauvert, 1969, nb. p.41) tableau abstrait symboliste, retitré L’ŒIL DE DIEU, peut-être
en 1947 (vente Renaud-Oterelo, 09.06.01, n.249, repro.couleurs)
Reste
à mieux éclairer cette décennie, comme
le constate Joseph – Marie Lo Duca, en 1961, qui évoque « … une période symboliste assez secrète (1936-1946) …»
dans son dictionnaire de sexologie.
(éd. Pauvert,1962,p.308)
On peut convenir,
avec Pierre Petit, que Molinier a formellement succombé à une certaine tentation de l’orient (éd. Opales/Pleine
Page,2005) Mais de cette étude, il faut
surtout en inférer l’essentiel, à savoir où et comment Molinier acquiert
cette « culture » orientale ? et si c’est dans les principes
constitutifs du bouddhisme que Molinier trouve l’occasion ou les raisons
d’une contestation absolue, radicale et virulente de la société occidentale
judéo-chrétienne ? à commencer par la contestation des dogmes chrétiens
fondamentaux : la Trinité divine, la résurrection et l’âme, et la contestation
non moins active, en sus des dogmes monothéistes, des principes sociaux
et moraux judéo-chrétiens; hypothèse que Pierre Petit minimise par pusillanimité
(P.P.1992,p.76) et ramène à tord à une vindicte adressée aux seuls « curés ».
En résultent depuis 1951 cet ensemble d’œuvres blasphématoires insupportables,
même à André Breton et aux « révolu tionnaires » surréalistes, et un anticléricalisme
militant, permanent et actif, insupportable à la bourgeoisie bordelaise,
hier de son vivant, comme aujourd’hui, trente ans après sa disparition.
Sans doute, plus que bouddhiste - dont on peut se demander ce qu’il en a
adopté comme principes de vie ? sûrement pas la non-violence !
sûrement la non – culpabilité érotique ! manifestement une certaine
philosophie quand il s’adresse à Breton le 10.10.55 : Puis-je espérer que vous avez la paix dans
la voie moyenne ? - Molinier était fondamentalement animiste
et « matérialiste »
convaincu comme
l’attestent ses carnets et ses entretiens (JdL1997,p.14-15 & écrits2005,p.141). Encore une fois,
où et comment a-t-il acquis cette culture orientale ? après le service
militaire, ses prémices dans le cadre du compagnonnage laïc et libre-penseur? Les libres penseurs qui ne croient à rien du tout, qui n’admettent
rien, ni Dieu, ni Diable…de tradition des Templiers non croyants à qui on
demandait, pour parvenir à son titre de « Maître-compagnon »,
de marcher sur la Croix. Et Pierre Petit avance encore [?] que son cachet est précisément l’emblème de cette
confrérie (P.P.1992,p.29) La contribution suivante ne répond pas à ces questions ;
mais elle confirme la validité de ces questions !
Patrick Koan (journaliste à Nova, le 15 avril 2002 chez
Alain Oudin)
Impression première
« Ceux qui en parlent ne le
connaissent pas, et ceux qui le connaissent n’en parlent pas » Paraphrasant
Lao-Tseu, à propos de Pierre Molinier : c’est qu’il reste une énigme
pour ceux qui veulent le saisir, fascinant les uns qui lui vouent la dévotion
que l'on rend aux mystères, révoltant les autres. Fascination, dégoût, rejet
ou culte échouent à dire. Il peut être plus profitable de mettre les deux
avis en regard, l’insulte succédant au panégyrique, sans se compléter justement,
la polarité érotisant la pensée, lui donnant une dynamique, révélant ainsi,
involontairement, ce que le volontaire tairait : comment dire ici sans
laisser naviguer à sa guise le vaisseau des mots ?
L’activation d’une
bipolarité contradictoire vers un laisser aller de sens n’est pas une démarche
surréaliste ; la recherche, au fil de l’abandon du sens, de portes
vers les mondes que la réalité nous dérobe, oui. Art nègre, vaudou, chamanisme…
le surréalisme est fasciné par ce qu’il pressent, donc ce qui lui échappe.
Le surréalisme est fasciné par Molinier. Mais Molinier n’est pas un explorateur,
un chasseur posté aux avant-postes d’autres mondes. Il parle depuis un autre
monde. Il a un rapport d’intime connaissance avec ce qu’il décrit. Son œuvre
est chargée d’une puissante attraction sexuelle. Elle est envoûtante, fascinante.
Mais ce n’est pas ce qui en fait la valeur. Tous ces aspects d’une œuvre,
qui servent d’habitude à qualifier, définir un travail artistique, écartent
ici de l’essentiel.
En découvrant la peinture
de Pierre Molinier, son œuvre me fait l’effet d’un entrelacement de sculptures
orientales, Parvati planté sur le lingam de Krisna ou, plus précisément,
représentations de shaktis – énergie « féminine » du dieu incarnée
dans le corps d’une déesse -.
Il ne s’agit pas de représentations érotiques au sens propre, où le sens de l’œuvre serait commandé par le sexe et l’excitation qu’il dégage, mais plutôt, du « mouvement danse » d’une énergie – dite sexuelle - en Asie. Car l’Asie donne à sexuel un sens beaucoup plus vaste que l’occident, désignant la forme primitive de l’énergie de l’homme et aussi ses formes élaborées : le magma naissant de la digestion et du souffle et aussi la puissance physique qui en naît, le prana des hindous, le Ci des chinois, mais aussi les pensées, les émotions, les sentiments spirituels… L’énergie précède la forme. La Shakti s’incarne en pierre, comme la limaille de fer sur une plaque de verre matérialise les lignes de force de l’aimant posé dessous. Comme un mouvement de kundalini intense, la peinture de Pierre Molinier est le déploiement d’une énergie qui s’ordonne en géométrie parfaite et mouvante. D’où le sentiment de perfection : l’œuvre n’est pas le tâtonnement d’une intuition qui cherche mais le débordement d’une existence qui trouve une matière o