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. Illustrations complémentaires sur
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Restait à mettre en cohérence cet apparent désordre de Ducerceau avec ce scénario d'étalement du projet de MAULNES: en fait toutes les planches de plans rendraient compte d'un premier projet (illustré postérieurement par la coupe-façade sud du logis par Durand), tandis que les " vues à vol d'oiseau " rendent compte des " principes " de la réalisation, à ceci prés que les dispositions finales de Louise veuve paraîtraient volontairement oblitérées. . PREAMBULE
. MAULNES, château-logis proche de Cruzy-le-Chatel, Tanlay et Ancy-Le-Franc, au nord du département de l'Yonne, reste une extraordinaire composition de la seconde Renaissance française, parmi Les plus excellents bastiments de France réunis en deux volumes par l'architecte Jacques I Androuet Ducerceau: le premier achevé en 1576, comprenant Manne [MAULNES], le second en 1579, publiés à cette date par Morel à Paris. Ducerceau sauve MAULNES… dont il n'est cependant pas l'auteur ! . L'histoire de MAULNES s'éclaire aux différences mêmes entre ce "reportage" publié par Ducerceau et la réalité archéologique mise à jour, en vue de restauration par son nouveau propriétaire, le Conseil Général de l'Yonne. Ses commanditaires sont deux personnalités méridionales, Louise de Clermont-Tallart et Antoine de Crussol, favoris de Catherine de Médicis. Régente pendant le troisième quart du XVIème siècle, elle tâchait d'éteindre les guerres de religion qui ravageaient la France en prônant déjà l'innovation, insensée à l'époque, d'état laïc. Un principe auquel ses favoris adhéraient, quoique de " la religion ", c'est à dire protestants. MAULNES qui capitalise bien des caractères remarquables de constructions contemporaines, est sûrement l'œuvre d'un ou de plusieurs grands architectes, mais encore inconnus… Serlio… Primatice… Delorme… Bullant … Goujon… Lescot… X ! ? . Enquête… Deux histoires parallèles se déroulent emmêlées: l'histoire assez courte de Ducerceau et de sa relation aux acteurs de MAULNES, dont [seules ?] ses gravures publiées en 1576 rendent compte. Histoire qu'il faut démêler de celle beaucoup plus longue de Louise de Clermont et ses deux époux: leur relation depuis 1540 à la forêt et à leur " logis " de MAULNES dont rendent compte tous les autres documents, y compris les dessins " retrouvés " chez Ducerceau. . DE NOUVELLES HYPOTHESES L'analyse archéologique de l'état actuel du logis de MAULNES permet de dessiner à peu près les plans de son chantier et de ses repentirs pendant 10 ans, de 1566 à 1575. En revanche les différences très considérables révélées par le rapprochement de ces plans et des " documents Ducerceau " permettent de poser l'hypothèse suivante: la plus grande partie de ces documents, précisément les plans, serait ceux d'un projet antérieur, au plus tôt autour de 1550-53 quand les Du Bellay organisaient l'exploitation de leur forêt; au plus tard autour de 1562-63 quand les Crussol organisaient à leur tour cette exploitation; d'où très vraisemblablement l'intervention de plusieurs architectes… l'un [Serlio ?] autour de 1550, l'autre [Primatice et/ou Delorme ?] ensuite, entre 1563 et 1570 ? Ces différences très considérables issues du rapprochement de l'analyse archéologique de l'état actuel de MAULNES d'avec les gravures qu'en a présentées Ducerceau, et des dessins " dits de Ducerceau " [supposés relevés préparatoires aux gravures ?] concernent notamment le niveau1 du nymphée devenu plus simple, mais aussi toute la façade sud dont précisément celle du nymphée largement ouverte au soleil et maniériste par son aspect " ruiné "; enfin la façade d'entrée au nord composée de deux pans du pentagone, dont le nombre de travées de baies, sur les 3 niveaux supérieurs, est passée de 7 unités sur les plans dessinés, à 5 dans la réalisation avec toutes les modifications de plans que cela suppose. Ces éléments et quelques détails comme la transformation du vestibule en porche qui finalement redeviendra vestibule fortifié et l'ajout de 4 cheminées, permettent de poser l'hypothèse qu'une partie de ces plans serait ceux d'un projet antérieur, partiellement actualisé chez Ducerceau par le dessin en façade nord de 5 travées de baies, et de la seconde enceinte général : Autour de 1550, Louise de Clermont-Tallart-Husson et son premier époux François Du Bellay organisent l'exploitation de leur forêt de MAULNES, et par conséquent auraient projeté, pour eux et leur fils, d'y construire une nouvelle résidence sur une fontaine à la place d'un château ruiné. Dans le même temps Serlio qui meurt en 1554, et à qui Primatice succède, construisent Ancy-Le-Franc pour le frère de Louise; Delorme construit Anet pour Diane de Poitiers, dont la jeune sœur Françoise a épousé ce frère de Louise. François Du Bellay meurt en 1553 et son fils Henri le suit d'un an. Emportent-ils dans la tombe ce projet de construction ? Henri à la mort de son père, avait été titré à son tour comte de Tonnerre, signe d'attachement à ce patrimoine qu'est la forêt de MAULNES. De nouvelles recherches aux archives Du Bellay et Husson, de leurs fiefs d'Anjou, du Poitou et du Cher, durant les décennies 1540-50, compte tenu des procès de succession intervenus, révéleraient d'autres justifications d'une telle hypothèse… ? 15 ans après, la même situation préside à la construction de MAULNES ! C'est aussi la disparition d'Antoine de Crussol, 20 ans après celle de François Du Bellay qui arrêtera le chantier. Cette hypothèse liée à Serlio, était déjà posée par Pierre du Colombier(cah2,p.16) et Naomi Miller(cah2,p.26), mais plus liée à la proximité d'Ancy-Le-franc, qu'explicitée par l'histoire propre de Louise de Clermont-Tallart: son premier époux François Du Bellay, et leur fils Henri. Ce projet pré-existant illustré notamment par la gravure de Durand, disciple de Boullée expliquerait alors la mise en œuvre rapide de la construction en dépit de difficiles conditions de préparation tenant au périple de la cour en France, entre janvier 1564 et mai 1566. Il y a très sûrement une nouvelle intervention d'architecte; le premier ou un autre; quand bien même la personnalité des commanditaires, férus d'humanisme et d'architecture peut donner l'impression de pouvoir se passer de conseils extérieurs. Ce peut-être Primatice ou Delorme qui dessinent les quatre nouvelles façades issues des modifications que la réalisation présente tant au sud, spécialement en partie basse, qu'au nord sur toute la façade. Pour leur part les façades latérales témoignent sans doute du respect du principe originel de l'escalier - morceau de bravoure de MAULNES - et de son éclairage par des ouvertures verticales axées, devenues presque des failles continues du bas en haut; le percement des façades principales se retourne au rez-de-chaussée et à l'étage noble de ces élévations latérales: l'architecte créant au final des façades d'une indiscutable harmonie, caractérisée par une sorte de " vibrato " tenant à d'indiscernables mais volontaires nuances [pour 1/6 en largeur] des percements. . Ducerceau par sa publication des " plus excellents bâtiments de France " en 1576, crée une extrême confusion en restituant partie des plans primitifs [1550 ?] dont l'avant-corps hémicycle, associés à une partie des élévations de 1566-73. Ce " collage " ayant été finalement perçu… ce collage qui a entraîné plus de perturbation que d'information pour la compréhension de l'histoire de MAULNES… décision est prise de repousser l'analyse critique du " MAULNES de Ducerceau " au temps de sa publication, simultanément à " l'abandon " en 1575-76 de MAULNES par Louise, à nouveau veuve; cette fois, d'Antoine de Crussol. . Une reconstitution de MAULNES, par infographie interactive en 3 dimensions, permettra la simulation de ses états successifs, celle des volumes disparus, et celle des divers cheminements dans le site et le bâti avec leurs perceptions offertes, à l'issue du chantier en parallèle au site actuel. Est-elle programmée ?
.. -1- LES COMMANDITAIRES DE MAULNES bibliographie: BERTIERE Simone Les Reines de France vol.2, éd. Fallois, 1994. BOUTIER, DEWEWERPE et NORDMAN Un tour de France royal 1564-66, Aubier, 1984. CATHERINE DE MEDICIS Correspondance 10 tomes H. de la Ferrière et G. Baguenaut de Puchesse en 1880-1909 & (volume d'index, publié par A. Lesort, 1943). CLOULAS Yvan, Catherine de Médicis, Fayard, 1979. GARRISSON Janine, Les derniers Valois, Fayard, 2001 JOUANNA,BOUCHER,BILOGHI,LE THIEC; Histoire et dictionnaire des Guerres de Religion, Robert Laffont, 1998. JOUANNA Arlette, Le devoir de révolte, 1559-1661, Fayard, 1989. LE ROY LADURIE Emmanuel, Histoire de France 1460-1610 Hachette, 1987. Louise de Clermont-Tallart (1504-96) qui héritera en 1539 de sa mère Anne de Husson, le comté de Tonnerre, très proche du pouvoir par sa personnalité, l'est particulièrement des architectes Serlio, Primatice et Delorme, par sa famille, ses alliances et ses voisins en Bourgogne: Louise à la cour de 6 rois, de François I à Henri IV, et appréciée d'eux (CARMINATI Laurence MAULNES est une terre de Bourgogne, éditions de l'Imprimeur, avril 2004,p.59): nommée dès 1524 à 20 ans fille d'honneur par Louise de Savoie, mère de FrançoisI; Louise mariée en seconde noce à un homme de vingt ans son cadet, à l'égal du couple formé par Henri II et Diane; Louise que Catherine de Médicis (1519-89) favorise en 1559, à la mort d'Henri II en nommant Chevalier d'honneur son mari Crussol qui était militaire donc nomade et elle ensuite, maîtresse de l'escadron volant des quatre-vingts Filles d'honneur; Louise très proche amie et confidente de la reine comme de ses enfants, les princes Charles, Henri et Marguerite (CLOULAS,CdM,p.320); Louise dont le premier mari François Du Bellay grand seigneur et chef de " maison ", mort en 1553, était le neveu-germain du cardinal et de son frère Guillaume, tous deux commanditaires prestigieux de Delorme: le cardinal Jean pour Saint-Maur entre 1541 et 44 (Guide IdF,p.610), et Guillaume pour les fortifications en Piémont auxquelles Delorme aurait travaillé initialement. . Puis après le chantier du château de Saint-Maur, Delorme conduit celui d'Anet de 1545 à 53 pour Henri II et Diane de Poitiers dont la sœur Françoise est l'épouse d'Antoine III de Clermont, frère aîné de Louise, et propriétaire d'Ancy-le-Franc, chantier conduit par Serlio en 1542-46, dont la mort en 1554, amène Primatice à prendre le relais. Lequel interviendra également, lui ou son atelier, au château de Tanlay, voisin de MAULNES et d'Ancy-Le-Franc, pour peindre à fresque le dôme de la tour de la ligue, à la demande du fils de Louise de Montmorency, François d'Andelot de Coligny. . Andelot et le cévenol Crussol, comme la dauphinoise Louise de Clermont étaient réformés; Andelot finalement opposant à la couronne; les Crussol fidélisés depuis juin 1563 et récompensés pour leur tolérance religieuse par leur élévation à la dignité ducale par Charles IX en mai 1565, le premier duc qui ne soit pas prince du sang! . Le chantier de MAULNES s'étalera sur plusieurs années; habité à partir de 1570; mais non achevé à mi-août 1573, quand Antoine de Crussol meurt d'une maladie contractée au siège de la Rochelle (novembre 1572 - 6 juillet 1573) auquel il a participé avec son frère Jacques. La mort de Crussol précède de neuf mois celle de Charles IX, le 30 mai 1574. - Dés décembre 1573 Louise négocie en vain avec la reine l'échange des comtés de Lauragais et de Tonnerre… (HALEVY J-P,Picard,p.61) Or il existe à la Bibliothèque Municipale de Tonnerre une " carte astrologique " de Maulnes datée de 1574 (NOëL Alain,Cah6,p.6,note3/cf.errata), toujours inédite et dont le contenu reste à analyser. Est ce à l'intention de la Reine dont on connaît la passion pour l'astrologie que cette carte a été établie ? Pourquoi cette négociation échoue-t-elle ? Pour fixer Louise à Tonnerre, et donc à proximité de la cour ? Pour écarter le risque pour la couronne de voir le Lauragais, terre lointaine de Languedoc, échoir en mains moins sûres ? en l'occurence celles de Jacques d'Assier, frère et successeur d'Antoine de Crussol dans ses titres, rallié à la couronne juste avant La Rochelle… Jacques qui rentrera également en procès de succession avec sa belle-sœur Louise ? . Les préalables au chantier le 7 mai 1566, Antoine de Crussol passe les marchés de charpente et de maçonnerie … les travaux de charpente sont conclus à prix fait, le marché de maçonnerie à la toise (au métré) suivant les plans, portraicts et montées convenues et accordées entre les signataires. Quand, où, avec qui, se fait tout ce travail, dont il ne nous est, à priori, rien parvenu ? travail préalable à la signature des marchés, facilité évidemment si le projet pré-existait. Quels architectes étaient du tour de France de janvier 1564 à mai 1566 du roi adolescent Charles IX et de la cour, à qui sa mère présente son royaume, périple pendant lequel le projet de MAULNES a vraisemblablement continué de s'élaborer avec ses commanditaires ? Ce sont précisément ces questions que Laurence Carminati n'a pas posé, qui nous ont conduit à cette démarche sur MAULNES. . Le Périple de la cour en France de janvier 1564 à mai 1566 Le cortège de la cour compte plus de mille personnes; le service afférent, dix à quinze mille personnes. On aurait pu penser trouver le nom de l'architecte dans les chroniques et courriers sur et issus de ce voyage. Emmanuel Le Roy-Ladurie cite les auteurs " Boutier, Dewerpe, et Nordman, excellents chroniqueurs [plutôt analystes !] de ce déplacement " de Catherine de Médicis et de Charles IX, adolescent, accompagnés de la cour dont font partie Louise et Antoine. Janine Garrisson cite les auteurs précédents, puis Abel Jouan, maître d'hôtel de Charles IX, qui a laissé un itinéraire journalier déjà cité par Pierre de Vaissière avec le Journal de l'Estoile et celui de Philippi. Chercher dans les courriers émis ou reçus pendant ces 27 mois, courriers des commanditaires, ou de leur amie Catherine de Médicis… notamment parmi les dix tomes de sa correspondance, édités par H. de la Ferrière et G. Baguenaut de Puchesse en 1880-1909 ! Cette analyse des courriers a été effectuée par d'autres, sans résultat à ce jour… reste l'ouvrage de Louis ROMIER, Catholiques et Huguenots à la Cour de Charles IX, éd. Perrin, Paris, 1924. Durant le périple, Louise joue dans La Belle Genièvre, d'auteur inconnu, auquel Ronsard a contribué, dont la première est donnée à Fontainebleau, le 13 février 1564. Le 12 décembre 1564 c'est la fameuse visite au Pont du Gard, sur les terres des Crussol, puis aux arènes de Nimes, suivi 3 jours après du déjeuner de Charles IX et de Catherine au château des Crussol à Saint-Privat, sur le chemin d'Uzès. Pendant ce périple, en mai 1565, l'élévation des Crussol à la dignité de duc d'Uzès par lettres patentes du roi Charles IX, vraisemblablement depuis Mont-de-marsan séjour de la cour entre les 9 et 24 mai, venant de Bordeaux après ravitaillement, en route sur Bayonne pour la rencontre avec les Espagnols, grande affaire de ce tour de France Quels architectes étaient du voyage ? Avec qui, Louise de Clermont-Tallart et Antoine de Crussol ont-ils pu élaborer ou mettre au point leur projet de MAULNES ? Pour l'instant il n'y a pas de réponse à cette question et il semble qu'en France les auteurs des décors éphémères des " entrées de villes " et des spectacles soient plus des peintres comme Caron, maître des décors des fêtes du mardi-gras 1564 à Fontainebleau que des architectes; alors qu'en Italie, c'est Palladio, associé aussi à Véronése et Tintoret, qui créeront les décors de l'accueil de Henri III, en juillet 1574, à son passage à Venise, rentrant de Pologne pour succéder à son frère Charles IX. Caron que Georges Bataille dans une note sur les peintres maniéristes crédite d'une qualité essentielle pour un artiste : la " folie "; ainsi dans Les Larmes d'Eros : Antoine Caron (Beauvais 1520- Paris 1598) a été formé à l'école de Fontainebleau, sous le direction du Primatice. Sa peinture est liée à la manière de Niccolo dell'Abate, mais sa " folie " déborde largement le cadre de ses maîtres et de ses inspirateurs. . Par ailleurs, il est rapporté que les réformés notables - dont sûrement les Crussol - auraient quitté le cortège à Toulouse, priés par la reine de n'être pas présents à Bayonne pour éviter toute friction avec la cour espagnole ultra-catholique; les Crussol, faits ducs d'Uzès en gage de la reine au parti tolérant dit " politique " juste avant cette rencontre de Bayonne, auraient rejoints puis quittés la cour à Moulins. Dans cet intervalle de temps, de mai 1565 à janvier 1566, puis à nouveau à partir de mars, ils se seraient occupés de leur projet depuis Selles-Sur-Cher, dans le Berry ou à Paris ou encore entre Tonnerre et MAULNES et auraient pris le temps de le mettre au point… mais avec qui ? . . - 2 - LES ARCHITECTES CONTEMPORAINS bibliographie: CHASTEL André, Fables, Formes, Figures, 2 volumes, Flammarion,1978. Collectif, direction PEROUSE de MONTCLOS, Guide du patrimoine Ile de France, Hachette/M.Culture, 1992. HAUTECOEUR Louis, Congrès archéologique de France, Auxerre, 1958. Collectif, Le Grand Louvre, Histoire d'un projet Le Moniteur, 1994. Le paysage architectural de la France sous les derniers Valois est extraordinairement riche d'importations italiennes et d'échanges stylistiques dont sont notamment crédités des artistes comme Serlio (Bologne 1475 - Fontainebleau ou Lyon? 1554), ou Primatice (Bologne 1504 - Paris 1570), et Delorme (Lyon 1514-70), les deux ténors du moment, morts à la tache, avec les quels les liens des Du Bellay / Crussol sont multiples… Serlio et Jacques I Androuet Ducerceau (1510-85) … tous deux auteurs de modèles, raison qui expliquerait aussi des délais courts de mise en œuvre du projet ! ou encore Jean Goujon (1510 - de religion réformée, quitte la France en 1562, et meurt à Bologne 1566), ou Pierre Lescot (1515-78), Jean Bullant (1520-78), très talentueux et actifs… Bullant succédant en 1570 à Delorme et Primatice; et la jeune génération avec Baptiste Androuet Ducerceau (1545 ou 47- 1590), 20 ans à ce moment, fils de Jacques et Pierre II Chambiges (1544-1615), 21 ans à ce moment, fils de Pierre I Chambiges ( ?-1544) et peut-être pupille de Primatice ? tous travaillant pour la couronne et le premier cercle de la cour, Diane de Poitiers, le cardinal Du Bellay (1492-1560), les Guise-Lorraine, les Montmorency-Coligny, les Clermont-Tallart. Et encore Bertrand de Cazenove, premier architecte de Tanlay, ou Jean Delorme, frère de Philibert… ou encore tel autre architecte ? . Sebastiano SERLIO, architecte et théoricien italien, est né à Bologne en 1475. Il est appelé en France fin 1540, dix ans après Rosso et Primatice, à plus de 65 ans, pour transformer le Louvre. Il présente des projets gigantesques mal adaptés à la situation urbaine parisienne; faute aussi au roi vieillissant de ne pas avoir su anticiper Les Tuileries. Vignole également consulté, On leur préféra finalement Pierre Lescot, plus modeste et souple dans sa proposition. Serlio sera alors appelé à Fontainebleau; par Hippolyte d'Este (1509-72) pour son hôtel dit du Grand Ferrare, très innovant; et par le Roi au château, avec pour consolation 400 livres par an, et brevet du Roi du 27 décembre 1541 " de son état de peintre et architecteur au fait de ses édifices et bastimens au dit lieu de Fontainebleau ". Serlio y sera actif mais peu écouté: comme le montrent dans son livre VI ses projets refusés pour la Cour du Cheval Blanc, et dans son livre VII pour la salle de bal de la Cour Ovale. Serlio [ou Primatice ?] avec Vignole appellé en France entre 1541 et 43, collabora à la Grotte des Pins, première grotesque en France [?], sous l'influence conjuguée de Jules Romain et du style innovant non finito de Michel-Ange daté de 1534. Serlio sera aussi employé à Châalis par Este entre 1544 et 46, où reste son mur d'enceinte de la roseraie, Primatice y peignant à fresque la chapelle; et à Ancy-le-Franc en 1546 par Clermont-Tallart (futur Tonnerre) à partir même de 1541? Primatice y prenant sa succession; et peut-être à Montceaux-les-Meaux pour Laguette, trésorier royal ? avant que Delorme ne lui y succède pour la reine. Mais pour le chantier de MAULNES, Serlio hors de propos, puisque mort en 1554 à 80 ans; - sauf si le projet datant des Du Bellay, est utilisé après modification, par les Crussol ? - sauf si les manuscrits ou les Livres de Serlio, publiés depuis 1537 à Venise, à Paris puis à Lyon, attestés pour certains d'entre eux dans les bibliothèques de Catherine de Médicis et d'Henri III constituent un catalogue de modèles utilisé par les Crussol ? notamment le livre VI, annoncé dés 1545 mais resté inédit, dont deux originaux manuscrits sont l'un à Munich, l'autre à l'Avery Library/Columbia University/ New-York, consacré à " la demeure (châteaux à la campagne et palais de ville) delle habitationi di tutti li gradi degli homini … fruit d'un travail d'adaptation des partis italiens aux usages français, conduit avec une conscience assez exemplaire " (Chastel); ou le livre VII publié posthume, en 1575: Case di città i case fuori città: les maisons de ville et à la campagne. Ce livre VII décrit un nouveau modèle de charpente et son manuscrit est antérieur à l'invention de Delorme; et similaire d'une recherche de Léonard de Vinci dont Primatice atteste l'anticipation sur ces deux derniers par la reproduction d'un schéma dans une fresque à Fontainebleau. Toutes ces études pourraient avoir comme référence commune un procédé artisanal lyonnais. Cette assertion d'un biographe de Delorme démontre la circulation des idées, et par conséquent la difficulté d'établir des certificats incontestables de paternité; mais aux termes des livres VI et VII, il est sûr qu'il n'existe pas de modèle de Serlio pour MAULNES; alors qu'on y a retrouvé le plan d'Ancy-Le-Franc, découverte rétrogradant Primatice à qui son dessin était auparavant attribué, au rang de successeur de Serlio: la preuve que leur histoire est très mêlée. . PRIMATICE, né la même année que Louise de Clermont, est appelé à Fontainebleau par François I en 1532, à 28 ans, deux ans après Rosso; ces deux artistes pour suppléer aux trop sommaires Gilles Le Breton et ses frères. Primatice " génie raffiné, exerça sur l'évolution de l'art français une influence décisive ". " architecte, peintre, sculpteur, apporta de Mantoue, pour décorer Fontainebleau, son savoir et sa somptueuse fantaisie. Il créa un décor fastueux de conception hardie, départ d'un style nouveau " (Pujol Claude)… notamment à Fontainebleau et Saint-Germain pour le roi; à Meudon et à Dampierre pour Charles de Guise cardinal de Lorraine; à Châalis pour Hippolyte de Ferrare cardinal d'Este, mais aussi à Ancy-Le-Franc, Tanlay et Vallery en Bourgogne… Depuis 1540, coiffant Rosso autre élève de Michel-Ange, Primatice à Fontainebleau remodèle la Cour Ovale, et sera hyperactif dans la cour de la Belle Cheminée, durant la décennie 1560 qui nous intéresse, fournissant des dessins tant d'architectures que de sculptures… . Primatice, dit aussi Monsieur de Saint Martin, proche du premier cercle de la cour, fut aussi chargé par FrançoisI à partir de 1540 d'une mission de collecte d'œuvres d'art: marbres antiques et œuvres italiennes contemporaines, sculptures et tableaux. Primatice acquit 125 antiques et de nombreux moulages rapportés pour parachever Fontainebleau et impressionner Charles Quint l'ex-goélier du roi, entreprise à laquelle collabora aussi Benvenuto Cellini, séjournant auprès de François I entre 1540 et 45, amené par le cardinal d'Este. Cette mission sera ensuite la raison de nombreux séjours du Primatice à Rome et de contacts avec Michel-Ange, précurseur du non-finito. Primatice fut l'ambassadeur du roi auprès du Maître qu'il sollicitait depuis 1519, puis celui de Catherine de Médicis qui lui fit accepter la commande en 1559 d'un monument équestre à la mémoire d'Henri II: le fameux " Cheval Blanc " de Fontainebleau. Et curieusement le tombeau du duc Claude de Guise élevé à Joinville par Primatice vers 1550 restera longtemps célébré comme une œuvre de Michel-Ange. A partir de 1544, Primatice prendra la succession de Pierre I Chambiges décédé, comme maître d'œuvre des châteaux de chasse royaux en Ile de France; puis en 1559 à la mort accidentelle d'Henri II, le clan des Guise qui prend l'ascendant au Conseil royal de François II, le nomme Surintendant des Bastiments royaux et disgracie Philibert Delorme, le cardinal Du Bellay et Diane de Poitiers ses clients, et avec Montmorency, son architecte Jean Bullant, à l'époque Contrôleur général des Bâtiments, au profit de François Sannat. . ROSSO, élève de Michel-Ange, laissera moins de souvenirs à Fontainebleau, même si arrivé le premier fin 1530, il donne dés 1531 les plans du monumental Escalier-portique de la Cour Ovale et œuvre ensuite à la galerie François I; présence d'autant moins visible que Primatice, dans la perspective de la venue de Charles Quint à Fontainebleau, prit en 1540 la direction des travaux jusqu'alors partagée avec lui et " régularisa " la Cour Ovale en détruisant l'escalier du Rosso, avant même la mort de ce dernier à Paris cette même année... . Philibert DELORME est déchargé au profit de Primatice, de cette charge de Surintendant assumée de 1548 à 1559, qui justifiait prééminence sur tous les autres artistes, y compris sur ce dernier à Fontainebleau, et entraînait son intervention sur tous les chantiers royaux, dont les châteaux de chasse en Ile de France - où sous Henri II, il interviendra notamment pour achever l'escalier principal du château de Madrid et en 1557 la couverture de La Muette. Delorme met alors à profit sa disgrâce pour publier chez Frédéric Morel en 1561 deux volumes sur les charpentes: Nouvelles inventions pour bien bastir à petits fraiz ; puis son génie lui rendant la faveur de Catherine de Médicis, il débute pour elle, avant la publication, toujours chez Morel, du Premier tome de l'Architecture en 1567-68, ses deux derniers chantiers connus: l'agrandissement de Saint-Maur en 1561, après la mort en exil à Rome un an avant, du cardinal Du Bellay; et le chantier des Tuileries en 1564, pour lequel Delorme, s'inspirant de Serlio, propose plusieurs innovations et suit les directives de sa royale cliente. Ses innovations: 1) entre deux jardins, un palais, manière Serlio, autour de 5 cours. 2) un escalier- voûte prodigieux, à volée hélicoïdale unique, de 3 mètres d'emmarchement, sous coupole du pavillon central [modifié par Le Vau vers 1650, existant jusqu'en 1864, puis reconstruit par Lefuel pour Napoléon III et incendié par la commune] 3) un accès au palais par l'ouest, sur une voie nouvelle hors la ville, tracée du nord au sud, jusqu'à la Seine. Cette voie sépare le palais des jardins publics s'étendant vers l'ouest; laissant place vers l'est au Jardin privé, d'autant que seule la partie centrale occidentale du projet sera réalisée, jardin s'étendant jusqu'au mur de Charles V, qui deviendra la future cour du Carrousel: il y aura là un retournement de forme urbaine ! Les directives de la Reine sont fort précises puisqu'elle lui indique la longueur et la largeur pour les logis et lieux de salle, antichambres, chambres, galeries et cabinets " alors que la cour quitte Paris fin janvier 64 pour ce long voyage qui nous occupe. . Jacques I Androuet DUCERCEAU construit pour Henri II le château de Verneuil proche d'Anet, de 1565 à 1575 " avec sa cour à arcades, ornée de niches et couronnée de statues. Mais ce parti n'avait plus grand avenir "; celui de Charleval commencé en 1572 pour Charles IX puis poursuivi plus tard avec son fils Baptiste pour Henri III; puis à partir de 1575 le château de Verneuil sur Oise, pour le duc de Nemours, gendre de Renée de France duchesse de Ferarre, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne; sans reste ni du premier, ni pratiquement des suivants ! Ducerceau publie dés 1559 un premier ouvrage: Livre d'architecture… mais Maulnes ne ressort pas non plus de ce catalogue de 50 plans différents ! Puis feront partie des exemples du premier volume Des plus excellents bastiments de France -1576 Le Louvre qui ouvre le volume, et MAULNES qui le ferme, avec Saint-Germain, La Muette, Challeau, Ecouen, Anet, Dampierre, Fontainebleau, Gaillon, Villers-Coterets, Verneuil et Charleval … etc. . Baptiste Androuet DUCERCEAU, fils aîné du précédent, construit en 1578, vraisemblablement associé à son père, le château de Fresnes à Ecquevilly pour François d'O, favori d'Henri III. Les deux images connues de la construction disparue, la font paraître soit très proche des châteaux de chasse de FrançoisI, du premier catalogue de son père de 1559; soit directement sortie du Livre d'Architecture […] pour seigneurs, gentilshommes et autres qui voudront bâtir aux champs, second catalogue publié par son père en 1582. Baptiste en 1578 a 31 ans… a-t-il construit préalablement ? Baptiste est un protestant discret, ce qui motivera des pressions de la part d'Henri III qui l'emploiera beaucoup, pressions finalement sans conséquence. . Pierre LESCOT, architecte, peintre, homme de lettres, est l'auteur en 1545-46 du " nouveau " Louvre décidé par François I quelques mois avant sa mort, travaux poursuivis avec Jean Goujon, jusqu'en 1556 pour Henri II, en même temps que ceux de Fleury-en-Bière, 1551-58, pour Côme Clausse, secrétaire d'Henri II, et en 1555, les travaux de Vallery, proche de Moret et de Sens en Bourgogne, auxquels collabora Primatice, pour Jacques d'Albon maréchal de Saint-André, mort en 1562 auquel Condé, chef des réformés, succédera à Vallery. . Jean BULLANT, architecte et théoricien français, est employé par Montmorency à Fère-en-Tardenois, puis à Ecouen en 1550 où il succède à Jean Goujon, enfin à Chantilly en 1560 pour Le Petit Château. Rentré en grâce lui aussi en 1570, il héritera du chantier des Tuileries de Delorme dont il est réputé s'inspirer, mais ne l'achèvera pas, au profit en 1572 du chantier de l'hôtel de la Reine, hôtel dit plus tard de Soissons; enfin elle le chargera en 1573 de la construction du mausolée-rotonde des Valois à Saint-Denis, préféré d'ailleurs au Primatice, dont le plan en rotonde du projet initial datant de 1563 sera cependant respecté. . Jean GOUJON, sculpteur, dessinateur et architecte illustre en 1545-47 la traduction française de Vitruve. Comme " architecte du Connétable " de Montmorency, il construit le portail d'Ecouen en 1546-47, chef-d'œuvre disparu, modèle du portique d'Anet. Puis il sera occupé sur divers chantiers parisiens, notamment au Louvre avec Pierre Lescot jusqu'en 1556. Contemporain de François Du Bellay, Il paraît cependant limite concernant Antoine de Crussol, puisque de religion réformée, il quitte la France en 1562 et meurt à Bologne en 1566. . De BOLOGNE capitale de l'Emilie, ex-Etrurie, viennent Serlio Primatice et VIGNOLE (1507-73) qui y fera ses études avant de s'installer à Rome en 1530. Bologne en ce temps est aussi une capitale politique: en 1516 s'y signe le concordat dit de Bologne entre François I et le pape Léon X; en 1530, Charles Quint y est couronné empereur; et en 1532 s'y déroule l'entrevue entre Charles Quint et le pape Clément VII. Vignole, avec Palladio son contemporain actif à Vicence et Venise, sont tous deux les théoriciens et acteurs de première grandeur de la fin de la renaissance. Très vraisemblablement d'après André Chastel, Vignole est aussi requis par FrançoisI en 1541 pour apporter une solution au nouveau-Louvre… tentative à nouveau décevante après Serlio qui débouche sur le même scénario: Vignole retrouvera ce dernier jusqu'en 1543 à Fontainebleau où Primatice exercait sa tutelle. De ce séjour daterait la fameuse grotte des Pins, fruit de leur collaboration. Installé à Bologne, il transforma pour Alexandre Farnèse en 1558 prés de Viterbe la forteresse de Caprarole en ce fameux palais pentagonal offrant une cour circulaire, en lequel tous voient le modèle de Maulnes, mais à une échelle incomparable; il bâtira aussi le palais Farnèse de Plaisance. Il mourra à Rome en 1573, laissant en cours depuis 1568, le chantier qui durera jusqu'en 1584, de l'église du Gésu offerte aux jésuites par le cardinal Farnèse; Vignole " inventeur de l'ovale "; étape incontournable des " voyageurs "; maître incontesté de la pédagogie architecturale européenne pour trois siècles. Cependant son ouvrage Règles des cinq ordres d'architecture publié en 1562 à Rome, ne peut pas être considéré comme un catalogue de modèles ! . Pierre I CHAMBIGE(s ?), pour mémoire puisqu'il disparaît en 1544, maître d'œuvre de François I et de Henri II [on ne dira architecte qu'après lui] laissant un fils né l'année de sa mort: Pierre II Chambiges, également architecte de la cour; mais on les confondra souvent ! Pierre I œuvre à Chantilly pour Montmorency de 1528 à 1531; est attesté sur les chantiers de FrançoisI, à Fontainebleau avec Gilles Le Breton, à La Muette, au château vieux de Saint-Germain, à l'hôtel de Ville de Paris avec Boccador en 1533, enfin à Challeau, chantier en cours et attesté de 1540 à 43, que certains historiens mettent à son crédit de maître d'œuvre. A sa mort en 1544, c'est donc Primatice qui prendra sa succession. Le remplacera-t-il également comme tuteur de son fils Pierre? . BOCCADOR, appelé en France par Louis XII dés 1496, est peut-être l'auteur de Chambord en 1530 avec les frères Della Robia; il meurt à Paris en 1549. En fait les chantiers de François I sont souvent donnés comme anonymes, mis au crédit du Roi que l'on a dit s'y être très impliqué: sa personnalité prestigieuse oblitérant ses mandataires ! ? MAULNES, pour les Du Bellay dernier ouvrage de Boccador, si ce n'est celui de Serlio ? . Pierre II CHAMBIGES, a 26 ans quand meurt Primatice, qui avait hérité en 1544 les charges et dossiers de Pierre I Chambiges, son père, et qui a pu lui être une sorte de parrain ? Pierre II était effectivement " bien en cour " puisqu'en 1566, à 22 ans, à la demande de Catherine de Médicis, il édifie au Louvre, la petite galerie, prémices vers Les Tuileries de la galerie du bord de l'eau, dont il ne restera que le rez-de-chaussée après un incendie en 1661, future galerie d'Apollon. Cependant Pierre Lescot est également donné comme auteur de la petite galerie ! Pierre II interviendra également au Pont Neuf pour Henri IV, après Baptiste Androuet pour Henri III. Il mourra en 1615. . Bertrand de CAZENOVE architecte initial de Tanlay (1555-59) né à Saint Florentin en Champagne, de religion réformée, est l'architecte ordinaire de François d'Andelot; à rapprocher d'un Jean de Cazenave ou Cazeneuve, maître-maçon, mentionné à Tonnerre comme associé en 1553 de Jean Verdot, celui qui signera en 1566 le marché de MAULNES. Mais c'est Le Muet qui poursuivra, créant " le beau Tanlay " connu par les gravures de Marot de 16 . . - 3 - MAULNES MANIFESTE MANIERISTE DE 1550/1553 ? bibliographie: .CHASTEL André, Fables, Formes, Figures, 2 volumes, Flammarion,1978. CLOULAS Yvan, Catherine de Médicis, Fayard, 1979. HAUTECOEUR Louis, Congrès archéologique de France, Auxerre, 1958. JOBST C., Théorie de l'Architecture, Taschen, 2006. JOUANNA,BOUCHER,BILOGHI,LE THIEC; Histoire et dictionnaire des Guerres de Religion, Robert Laffont, 1998. LEDOUX, Inédits pour un tome III, précédés d'un texte inédit de Michel Gallet, éditions du demi-cercle, Paris, 1991. POTIE Philippe, Philibert De L'Orme, éd. Parenthèses, Marseille, 1996. RIBOULLEAU Christiane, Villers-Cotterets éd.Inventaire n.24, 1991. Collectif, Le Grand Louvre, Histoire d'un projet Le Moniteur, 1994. Collectif, direction PEROUSE de MONTCLOS, Guide du patrimoine Ile de France, Hachette/M.Culture, 1992. MAULNES capitalise bien des caractères remarquables de constructions contemporaines: Cette liste descriptive de ses éléments constitutifs cumule des choix déjà éprouvés comme le parti massé d'un pavillon unique borné de tourelles, avec terrasse supérieure accessible, sur une esplanade fortifiée, sur le modèle déjà ancien des châteaux de chasse de François I, modèle qui naît avec Chenonceau et Chambord; choix déjà éprouvés auxquels s'ajoutent une accumulation d'innovations en termes d'organisation générale, de construction, et de confort, une accumulation de sophistications formelles d'autant plus remarquables qu'elles dateraient pour certaines de 1550; sophistications formelles qui en font un objet unique et exceptionnel, renforcée par son échelle très réduite et quasi domestique… c'est une grosse maison pentagonale… dans sa première enceinte, un clos d'environ 2,2 hectares : 200 x 110 m.… comparée aux demeures royales vis à vis desquelles s'établit le parallèle ! . LES PLANS DU PROJET PRIMITIF ILLUSTRENT UN PARTI "MANIERISTE" A L'AVANT-GARDE DE L'EPOQUE . Le plan général existe en deux versions globalement identiques: sommaire le dessin de New-York; détaillé et fouillé celui de Londres; il représente le plan général de la double enceinte, hors emprise du talus, soit environ 230 x 130 m. pour le tracé [l'enceinte ?] extérieur[e] dont le centre est à peu prés celui du logis, c'est à dire le centre du puits. La longueur de 230 m. se mesure au sommet de l'exèdre nord du tracé extérieur [fossé ?] sans ouverture [non dessinée par Ducerceau !] pour donner accès à l'enceinte. De ce fait, on voit dés à présent, la lecture ambiguë de ce tracé extérieur : simple limite de surface ou mur ? Comment se justifierait cette double enceinte dés 1550, sinon par l'isolement absolu au cœur de la forêt, alors qu'il n'est pas encore question de percer des allées forestières, et que François Du Bellay dépose plainte pour brigandages répétés ? Le plan général, avec ses bâtiments divers et ses nombreux espaces libres y compris le logis, présente un mélange de 3 niveaux successifs tenant lieu d'une espèce de coupe: de la cote 318 du sol naturel dit niveau3, à la cote 311 de l'eau dit niveau1; 3 niveaux successifs qui se succèdent et se superposent par transparence: c'est bien l'application à MAULNES de la méthode Ducerceau de représentation de ses plans généraux: - le rez-de-chaussée de l'enceinte et des bâtiments avant-corps jusqu'à la tête de galerie ouverte, face à l'entrée du logis: galerie dont la dernière travée d'arcades (niveau3) se superpose par transparence au soutènement (niveau2), - puis, y compris le soubassement du pont dormant, le rez-de-jardin bordé par les niches du soutènement, avec l'entrée de service polyèdre du logis; les issues de ce vestibule s'avéreront fictives sur les pièces latérales par différence de niveau: le vestibule du logis (niveau2) se superpose par simili-transparence au nymphée (niveau1)… est manquante également l'issue vers l'escalier dont le palier pourtant dessiné dessert ce vestibule de service (niveau2:cote314); de fait l'issue existe bien, passant sur l'extrados des voûtes du niveau1: - enfin le rez-de-nymphée pour tous les autres volumes dessinés (niveau1); au total une synthèse assez compliquée mais presque cohérente de 3 niveaux de " sol découvert " qui se succèdent. Ce plan général est accompagné de deux plans du logis, conservés à New-York: entrée principale [niveau3] et étage noble [niveau4] qui sont cohérents avec le plan des niveaux inférieurs. Ces 3 plans du logis illustreraient le projet primitif des Du Bellay dans le temps où l'exploitation de leur forêt les a également occupé, vers 1550; projet dont Ducerceau a pris sans doute connaissance dés son établissement, et donc avant 1559 quand il préparait sa première publication Livre d'architecture… etc [projet éventuellement plus récent; soit de 1562-63 pendant ce qui deviendra la Première guerre de religion; soit de 1564-65 juste antérieur aux marchés.] Ce plan général de 1550 [?] représentait-il déjà cette double enceinte, ou la seule enceinte intérieure ? . Caractères remarquables de constructions contemporaines et choix déjà éprouvés - Plan pentagonal, cœur circulaire: premier Caprarole par Sangallo en 1520-30, puis transformation par l'ami de Serlio: Vignole assisté de Paciotto, aux Farnèse, à Viterbe, 1555-59. Caprarole présente sur la gravure de Vasconi (T.III,pl.58) des pavillons d'angles avec rehauts de maçonnerie en bossage, travées élargies et décrochements de corniche et de couverture qui calent les façades et prolongent les bastions bas d'une façon beaucoup plus visible et énergique que ce qu'offre la " plate " gravure de Lemercier, 1608; dans le principe, il n'y a pas grande différence avec les tourelles de MAULNES, qui par ailleurs sont indispensables pour accueillir diverses minuscules annexes: cabinets et escaliers secondaires ! - Ce bâtiment principal pentagonal est flanqué aux angles de 5 tourelles ou pavillons. Au nombre de 5 suivant l'hypothèse finale dont il n'a pas été question jusqu'à maintenant que les plans " primitifs " présentent ce " massif nord ". Alors que le constat de sa construction tardive sur une façade préalablement achevée, mais dans le " temps du chantier " poussait à croire au repentir; d'où une première hypothèse qui envisageait l'actualisation de ce jeu de plans par l'ajout du " massif nord "; mais il n'y a pas d'explication satisfaisante à une telle actualisation en 1568-70, à ce point partielle et incomplète, du dossier de plans primitifs ! ? D'où la conclusion que ce massif nord a été une option envisagée dés le projet primitif. - Escalier central circulaire à jours: sur les modèles sophistiqués de l'escalier du Belvédère de Bramante en 1512; de l'exemple magistral de l'escalier central de Chambord en 1519; du puits d'Orvieto par Sangallo pour Clément VII dans la décennie 1530; et de l'escalier principal du château de Madrid, étudié et achevé par Delorme. - l'escalier avec noyau intrados circulaire, et extrados pentagonal, comme l'enveloppe générale; ouvert à son sommet [?] mais aussi sur les côtés, par des failles latérales totalement à claire-voie, qui assurent une aération hygiéniste contre les miasmes… la peste sévit encore périodiquement… et qui éclairent les paliers plus efficacement que les solutions d'Andrea Palladio, architecte vénitien contemporain, pourtant génial ! - Chacune des 3 pièces principales du Nymphée (niveau1) est identiquement couverte en voûte reposant également sur 4 piliers centraux de maçonnerie et le bassin d'eau dans la pièce sud est orienté est-ouest. - Organisation du service par des galeries latérales desservies par des escaliers à vis: Madrid, La Muette, Challeau: châteaux de chasse de François I, que Ducerceau a reproduit également, dont Chambiges, Primatice puis Delorme vont assurer la maîtrise d'œuvre ou l'entretien, bien que dits d'architectes inconnus. - Bastions (ouvrage dessinant un angle saillant) Soutènement (portique à moitié enterré pour soutènement) Bains, Etuve et Nymphée, Jardin clos entouré de fossés: Anet par Delorme en 1545-53; Dampierre, par Primatice pour le cardinal de Guise, autour de 1555. Fabrice Henrion rappelle la définition du cryptoportique: un volume souterrain ouvert sur l'extérieur par un portique [à Anet, c'est le cas], notant que le terme n'est pas justifié pour MAULNES. - Galerie ouverte, Soutènement, Grotte et Nymphée: la grotte du Primatice à Meudon pour le cardinal de Guise en 1552-60; la grotte de Delorme à Montceaux-les-Meaux pour la reine, en 1557. - Exèdres pour Cours et Jardin… : une " maison du théâtre et baignerie " à Saint-Germain-neuf, par Philibert Delorme pour Henri II en 1557-59. Enfin concernant les quatre caractères suivants, subsiste un doute sur leurs dates d'inscription dans le projet de MAULNES compte tenu des éléments graphiques disponibles: 1550 ou 1566-1570 ? - Accès sous galerie ouverte et galerie supérieure de réception de 45 mètres de longueur: La galerie en charpente, de promenade du roi, à Villers-Cotterêts, par ? vers 1547 ? Le pont-galerie de Chenonceau par Delorme en 1556; le pont-galerie à 2 niveaux de Fère-en-tardenois, par Bullant pour Montmorency vers 1560; deux galeries ouvertes qui complètent Saint-Germain-neuf par Primatice en 1567. - Grandes fenêtres de l'étage noble: Le Louvre par Pierre Lescot en 1556. - Terrasse d'observation et Lanterne à jours [ont-elles existées ?]: Chambord; La Muette par Delorme. - La façade du Nymphée en grotesque et ruine tendant à la sculpture: la Grotte des Pins de Fontainebleau, première grotesque en France ?, par Serlio, et/ou Primatice, et Vignole ? en 1541-43.] . L'accumulation d'innovations - 5 façades identiques présentant chacune 3 travées de baies identiques: schéma géométrique très radical pour une architecture-manifeste " rêvée ". La façade du Nymphée au sud respecte ce tracé directeur, avec cependant un passage central plus étroit que ses deux baies latérales conformes au modèle général. Noter l'indice de bossages mais l'absence de niches… Donc rapprocher cette façade primitive de l'exemple de composition consignée par Serlio dans son Quatrième livre, publié à Venise en 1537 (Picard,p.79) est prématuré ; à contrario de la réalisation de 1566 qui justifiera ce rapprochement. - une implantation liée aux équinoxes et solstices qui implique une conscience cosmique; la proposition de Laurence Carminati est très impressionnante par sa rigueur et l'adéquation de la forme pentagonale aux différentes étapes des levants et couchants du soleil, du solstice d'hiver au solstice d'été. Cette assertion s'appuie sur l'orientation du logis et partant sur celle de l'enceinte. Carminati donne l'axe de la composition précisément à 15°est du Nord. Curieusement le nord fait l'objet d'indications fantaisistes tant sur des cartes anciennes que sur des plans publiés par le collectif Picard - ce qui est préoccupant ! - ce qui n'avait pas été relevé jusqu'à maintenant (cf. errata) - un souci de confort et d'hygiène, peut-être d'hédonisme et de philosophie par référence au fameux " jardin de Poliphile ": une eau de source courante (luxe inouï), piscine intérieure [les bains froids de Pieper, n'en déplaise à M. Chatenet] et piscine extérieure. . - Il reste encore plusieurs innovations dont il est impossible d'avérer l'existence dés 1550, mais qui seront constatées à partir de 1566-1576: Il s'agit 1) des plafonds à engravures [selon les principes Delorme ?] des deux pièces principales nord de l'étage noble en 1567-68 et du plafond à caissons de la grande salle, parachevé qu'en 1610 [sur le modèle de la salle de bal de Fontainebleau par Delorme et son menuisier Scibec en 1548-50… suivant des modèles italiens, peut-être diffusés par Serlio ?] … plafonds qu'il faudra comprendre comme manifestes de producteurs de bois, 2) de la charpente du bâtiment avant-corps et de la galerie par éléments " préfabriqués " propres à Philibert Delorme, 3) de la seconde enceinte talutée créant le fossé intermédiaire. Enfin 4) le bain chaud-étuve non encore prévu sur le plan de 1566, sera décidé ultérieurement. . La théâtralisation maniériste et systématique des formes construites - cour oblongue, combinaison apparente d'un rectangle et de 2 demi-cercles: celui de l'avant-corps et celui du mur de la cour d'honneur (plutôt que basse-cour); le relevé précis donne 35m. de large sur 52,5m. de long qui ne contredit pas le faux ovale de Ducerceau. - ¾ de cercle du soutènement débuté à l'est, qui finalement n'a jamais été construit entièrement ! - à l'étage noble, le vaste antichambre-vestibule de forme polyédrique, éclairée par 3 baies, en charnière de la galerie haute et des deux chambres principales… celles-ci peuvent-elles être considérées dès cette époque, en 1570, comme des " chambres d'honneur ", des salons aux plafonds formidables, anticipant sur le XVII° siècle ? [à contrario d'appartements intimes ne communiquant plus entre eux, ce qu'elles deviendront par la construction ultérieure du cloisonnement axial, dès Crussol disparu, ou plus tard, par un propriétaire ultérieur ?] - l'exèdre (demi-cercle) qui poursuit le jardin carré et achève l'ensemble à niveau2 commencé avec le soutènement, dit aussi " douves sèches " surbaissé de 4 mètres environ par rapport au sol, différence diminuant vers le sud compte-tenu de la pente du terrain. - le bassin de bains creux encore de 3 mètres supplémentaires [niveau de l'eau], s'inscrivant au fond d'une pyramide inversée à trois cotés - le quatrième coté étant la façade du nymphée - pyramide inversée qui n'a jamais été construite. - deux petites pièces circulaires en annexe des offices/salles de garde/chambres d'été voûtés encadrant l'entrée principale; - deux petites pièces pentagonales qui rappellent la forme principale, aux niveaux3 et 4. . Autres sophistications d'organisation - galerie haute, lumineuse et aérienne, dont s'échappent les vues sur la forêt et le paysage par dessus l'enceinte; son contenu envisagé la rendant prestigieuse, elle présente en fait un autre schéma d'accès au logis depuis la cour, ce dont il n'a pas été question jusqu'à maintenant, ou inversement depuis le logis vers la chapelle située par Bruno Decaris à l'ouest du vestibule de l'avant-corps [au rez de chaussée ou au premier étage sous le berceau de la charpente ?] et dont le cœur en abside est orienté traditionnellement à l'est, au moyen de l'escalier jouxtant le vestibule central de l'avant-corps, accès direct en alternative aux principes de l'obstacle et de la rupture érigé en style, énoncé précédemment par Monique Chatenet et Paul Barnoud. - un passage transversal, glissé en entresol des accès noble et de service et ayant sur eux, vue et ouïe, reliant les deux offices/salles de garde/chambres d'été voûtés à niveau3, encadrant l'initial porche " ouvert " dont le schéma est curieusement proche de celui de Bullant à Fére-en-Tardenois; porche finalement transformé en vestibule " fermé " rendant ce passage à peu prés superflu. - à découvrir [?] sous le tracé de la galerie ouverte, un souterrain au niveau2, ou une rampe centrale, menant du niveau 3 de l'avant-corps à l'entrée de service du logis, au niveau2 du jardin. - la notice de Ducerceau signale le projet d'une " ouverture " du jardin en bout d'exèdre, du niveau2 au niveau3, par une rampe ou des degrés pour suppléer au défaut apparent d'accès au jardin pour son entretien ! - Sur les trois premiers niveaux voûtés, les épaisseurs de maçonnerie varient et Il semble pouvoir s'établir au niveau3 une relation entre épaisseur des murs et vulnérabilité décroissante de la façade nord vers la façade sud. - En pointe nord, fermée par une tourelle concave, notons la similitude de principe du vestibule à niveau2 avec le vestibule vers la galerie à niveau4 où les deux " garde-robes " rectangulaires, mais étroites de seulement 2 mètres, n'ont pas de cheminées, et réservent entre elles ce spacieux polyèdre éclairé par trois baies, en charnière de la galerie supérieure et des deux chambres. Notons bien qu'il n'y a pas de séparation axiale. D'ailleurs cette disposition originale d'une pièce commune centrale accessible seulement à travers les deux garde-robes fait supposer qu'en 1550 l'usage de la galerie supérieure n'était peut-être pas aussi déterminé et prestigieux que la suite des documents et des analyses ne le laisse penser. - En pointe nord du niveau3, l'entrée principale s'effectue dans l'axe de la tourelle concave, par un petit vestibule ovale complété de longs corridors. C'est une composition typiquement maniériste avec ses percements obliques, créant des axes diagonaux lumineux intégrant les deux grandes pièces adjacentes; ce qui présentait un certain intérêt " théâtral ". Avec pour conséquence des inconforts: ceux des jours obliques des cabinets circulaires du niveau3 et ceux des jours disposés dans l'axe des mitoyens des garde-robes du niveau4… - Au niveau4, les cabinets pentagonaux sont accessibles directement du palier central. . Cette architecture très formelle et radicale, dont on peut imaginer de " sèches " façades à partir des plans, poursuit le manifeste géométrique de son auteur… qui ne sera pas suivi intégralement ! mais pour beaucoup… notamment le principe de l'escalier circulaire dans son enveloppe pentagonale… de son puits central et de son éclairement, qui sera respecté. . Pourquoi J-N-L. Durand choisit-il en 1800 d'illustrer le projet primitif de MAULNES ? S'intéresser au projet primitif, après ces 250 années écoulées, c'est de la part de ce disciple de Boullée, un choix symptomatique à comprendre comme un hommage du Siècle des Lumières à celui du maniérisme… hommage semble-t-il passé inaperçu jusqu'à maintenant. A partir essentiellement des dessins [de 1550 ?] conservés maintenant à New-York, Durand grave cette élévation-coupe de façade sud. Aussi hétéroclite que soit cette proposition, c'est une reconnaissance appréciable du parti esthétique rigoureux émanant des plans. Parce que ce serait un non-sens de taxer Durand de choix aveugle et d'ignorance de la réalité des façades de MAULNES : Ledoux [architecte des eaux et forêts, officier du prince de Condé en Bourgogne] fut l'architecte-rénovateur de l'église de Cruzy-Le-Chatel, et de toute évidence connaissait MAULNES qui relevait de cette paroisse… Boullée lui-même y aurait laissé son autographe-graffiti (Picard,p.76). J-P. Halévy, Monique Chatenet et Fabrice Henrion considérant " Durand inspiré par Les Plus Excellents bâtiments de France, ne se souciant nullement de savoir si le château est encore debout " [pourquoi cette affirmation ?) ignorent-ils cette relation directe avec Ledoux et Boullée et font-ils deux erreurs ? (Picard,p.76) Il est étonnant que personne n'ait été alerté jusqu'à maintenant, par l'abîme séparant ces deux options esthétiques : le systématisme des façades du premier projet, que justement Durand fait le choix d'exprimer indubitablement et le chaotique des façades gravées par Ducerceau, reflet maladroit du " vibrato " et de la liberté donnés à chaque façade de la réalisation de MAULNES. En mariant " la carpe et le lapin ", à savoir les façades de Ducerceau et celles de Durand, ces auteurs tournaient le dos à toute hypothèse et à toute perception du " manifeste maniériste " radical de ces " plans primitifs " que Ledoux, Boullée et Durand ont célébré après 250 ans. . De toute façon, ignorer et ne pas raisonner cette première phase du projet de MAULNES, qu'elle soit de quinze ans antérieure, ou de quelques années seulement, c'est sûrement passer à côté d'une part importante, sinon essentielle de son histoire et risquer de s'en tenir à une réduction. . Durand, au vu de l'ouvrage de Ducerceau, se sera bien rendu compte de l'absence de façade sud de MAULNES ! La sienne cumule des souvenirs visuels de la grande baie du nymphée, sur place ou par mémorisation des gravures antérieures de 150 ans de Silvestre et Mérian, et de la lanterne supérieure vue chez Ducerceau, mais pour le reste s'appuie sur le dossier des 3 plans primitifs conservés à New-York… et NON sur ces diverses gravures qui présentent leurs élévations avec les mini-frontons, absents ici de la reconstitution; laquelle indiscutablement présente 3 façades identiques, identiquement percées, mais avec l'erreur notable de l'accès principal au niveau2, suite à l'interprétation littérale et régulièrement comprise du plan général de Ducerceau, avec un criant hors-d'échelle vis à vis de l'avant-corps… et une erreur sur le niveau de l'enceinte fossoyée, explicable par l'absence du mur extérieur et de son talus… etc. à savoir tout ce qu'un jeu de plans, sans élévation ni coupe, laisse à l'entière imagination ou au souvenir ! Si Jean-Pierre Halévy à propos de cette gravure, évoquait un éventuel crypto-portique espéré par le professeur Pieper - alors qu'on y peut lire aussi de profondes niches faisant soutènement - il ne posait ce faisant, aucune hypothèse sur les raisons de l'intérêt que Durand portait à ces plans de MAULNES. . . - 4 - MAULNES EN CONSTRUCTION 1566 - 1573 Bibliographie: Cahiers de MAULNES, Conseil Général de l'Yonne, 6 numéros, 2001-2006 & CHATENET/ HENRION / collectif, Picard, 2004 Le constat archéologique de MAULNES qui dessine les plans de 1566-73, diffère notablement des gravures publiées et plus encore des dessins retrouvés, attribués à Ducerceau. Les raisons de ces différences sont multiples. Elles tiennent d'abord aux méthodes de Ducerceau, puis tant à l'histoire de ses commanditaires, qu'au déroulement du chantier et à l'évolution de leurs options pendant celui-ci, jusqu'en 1573, enfin à l'évolution de l'usage de la construction jusqu'à aujourd'hui. Rappelons que le dossier qui nous est parvenu, est constitué de plans primitifs du logis assez éloignés de la réalité construite pour considérer qu'ils sont largement antérieurs [1550 ?] à la vue à vol d'oiseau ou élévation axonométrique générale qui présente à peu-près le logis dans sa réalité avec 5 travées en façade nord, en contradiction manifeste avec le dossier primitif de plans qui en présente 7. La construction effective de MAULNES, sur la base de ce " projet primitif ", s'est faite après plusieurs modifications et mises au point dont on comprend mieux l'ampleur, si on l'explique par le grand délai écoulé depuis le projet primitif [de 1550-53 ?] et le changement d'acteurs de 1566; au moins de l'un d'entre eux: l'époux de Louise, si ce n'est aussi leur conseil - par contre s'il n'y a pas de projet primitif et que toutes ces modifications sont le fait du temps du chantier, cela traduit de grandes difficultés de préparation du projet et de communication entre les acteurs, compréhensibles du fait du périple de la cour; éventuellement une succession rapide d'architectes, soit à la suite d'une remise en cause drastique du concepteur initial après mésentente, soit d'un événement inconnu ! L'hypothèse du projet primitif est plus satisfaisante vis à vis de personnages responsables et brillants ! . Modifier, mettre au point, c'était justement une nécessité prévue par un marché de maçonnerie à la toise (au métré) qui donne toute latitude d'adaptation, absolument nécessaire dans une situation de sol particulier, et par conséquent des conditions spéciales de fondation. Même si des sondages préalables avaient sans doute été effectués, c'est l'ouverture du chantier et la recherche d'assise des fondations dans un difficile terrain argileux et sourcier, simultanément, sinon au captage, du moins à la canalisation des 3 sources, qui a sans doute permis de finaliser l'implantation, et peut-être même les dimensions définitives; ce qui pourrait expliquer le principe de la différence de cotation de Ducerceau; mais différence très importante ! à moins que ce dernier ait fait une confusion d'unité de mesure, par exemple entre pied royal et pied bourguignon ? On comprend que cette accumulation de difficultés ait pu motiver la réflexion saugrenue de Monique Chatenet sur " l'idée saugrenue d'installer un château sur une fontaine " ! . A ces difficultés recherchées, s'ajoutent d'autres difficultés subies; d'ordre social et politique: à savoir la succession de terribles troubles interreligieux, ponctués d'apaisements, dont les premiers événements sérieux deviendront la Première guerre de religion entre mars-avril 1562 et mars 1563, du temps de la minorité de Charles IX et d'un certain affaiblissement du pouvoir central; troubles que l'on pouvait croire se calmer, mais qui se multiplient et s'amplifient au cours du chantier; troubles qui seront en définitive fatals à Antoine de Crussol puisqu'il mourra des suites d'une maladie contractée au siège de la Rochelle; de plus MAULNES est dans une situation géographique particulière: au centre et à proximité de Tanlay, Noyers, Chatillon-Coligny, Vallery, fiefs des chefs réformés " révolutionnaires " Coligny et Condé; enfin la situation personnelle de Crussol et de Louise de Clermont réformés également mais fidèles à la cour, et de son premier cercle, lui comme " chevalier d'honneur ", elle comme confidente de la reine, rend à leurs yeux ce couple " traître " à la cause de la Réforme et donc ennemi ! cette accumulation explosive, Monique Chatenet ne semble pas l'avoir correctement perçu, quand elle s'interroge plusieurs fois sur la raison de la " fermeture " de MAULNES. . Ce sont donc d'abord et sans doute, ces conditions d'insécurité qui motivent la décision de renforcer la fermeture du logis qui présentait un éperon nord fragilisé par de nombreuses et larges ouvertures à différents niveaux face à l'accès; toutes ces précautions sont de l'ordre de la défense, même si on peut estimer que les considérations esthétiques de la composition de cette façade aient pu s'ajouter aussi puisque cette disposition d'accès plein nord, combine exceptionnellement deux façades en une seule. Mais en définitive cette " fermeture " et l'adjonction d'une seconde enceinte talutée, créant un fossé à rez-de-sol entre ses deux escarpes, ne fera pas de cette maison vraiment isolée au milieu de la forêt, une forteresse; dans cette situation peu sécure en période de troubles graves, elle mettait le logis à l'abri d'un " coup de main ", pas d'un siège ! . Ces modifications principales concernent: -1) au niveau1 l'ajustement des fondations au système " sourcier " et à la nature de sol; -2) le nymphée ou piscine intérieure-extérieure; -3) la façade nord " fermée " avec ses implications à tous niveaux et la liaison avec la galerie; -4) le bain-étuve au niveau3 -5) l'avant-corps dont la charpente et les baies supérieures évoluent manifestement dans le temps; et les lucarnes disparues ! . -1) fondations et captages Ainsi il est vraisemblable que la profondeur finale des fondations et des captages, peut-être un peu plus importante que prévue - moins 7 mètres - ait conduit à un ajustement des caves après les deux repentirs et tâtonnements de hauteur relevés sur les voûtes à niveau1; que cette situation ait par ailleurs aussi conduit au dédoublement du niveau2 rendu indispensable compte tenu de la disposition de l'escalier qui donne accès au nord à mi-niveau par un palier très étroit, à un vestibule polyèdre ouvert sur l'extérieur en pointe nord; palier depuis lequel, montant au niveau3, ou descendant au niveau1, on ne peut donc pas passer en face sud, aux 3 pièces situées au dessus du nymphée; d'où leur double desserte: soit en remontant depuis le vestibule du nymphée ce qui est un accès particulier, rapide et noble; soit en descendant par les escaliers de service des tourelles sud; c'est aussi cette disposition particulière qui permet éclairage et aération latérales du cœur du bâtiment, dès ce plus bas niveau. Noter comme l'a déterminé Laurence Carminati que cet éclairage est orienté au levant au solstice d'hiver, au couchant aux équinoxes. Ces dispositions d'accès aux trois pièces sud du niveau2 restent actuelles et caractérisent la complexité et la virtuosité de la réalisation (en réponse aux questions de Paul Barnoud). Le changement du niveau altimétrique du jardin, dans le sens de l'enfoncement, malgré les issues ouvertes et rebouchées dans les tourelles nord-est et nord-ouest, traduit la volonté d'un parti rigoureux et franc, et contribuant peut-être aussi à renforcer la défense par un dénivelé d'un niveau complet. . - 2) le nymphée ou bassin intérieur-extérieur des bains Dessiné au plan de niveau1, il n'est pas conforme à la réalisation qui opère un basculement nord-sud de l'axe principal du nymphée - l'eau courant du dedans au dehors - qui a entraîné les modifications de façade sud conséquentes à cette mise au point des substructions, tout en conservant le principe de 3 travées de baies axées mais dont permutent les variations de largeur, et se dilatent les axes dans la façade. Cette baie centrale entourée de deux niches s'approche d'un exemple de composition consignée par Serlio dans son Quatrième livre, publié à Venise en 1537. Ce qui apparaît au plan primitif comme une architecture de thermes un peu idéale et symptomatique d'une représentation survalorisée à l'échelle incertaine, est devenue, réduite d'un quart et réorientée, une réalité plutôt prosaïque avec un bain au sud et des caves traditionnelles enterrées au nord, d'usage domestique contemporain ! Poursuivons les hypothèses: ce bassin envisagé comme une piscine (accessible par des échelons mobiles) est entouré de deux annexes latérales, donnant dehors, également orientées plein sud, dont les seuils vers leurs escaliers de service respectifs sont constitués de caillebotis de bois ou de paillassons propres à se sécher et éviter des glissades mortelles dans les escaliers de pierre. . - 3.1) la façade nord Le massif nord qui avait été une option envisagée dés le projet primitif, ne fut pas réalisée immédiatement, comme l'analyse archéologique l'a montré et qui fait état d'une première réalisation " ouverte " en pointe nord sur 3 niveaux (2,3 et 4). Le massif nord est-il originellement [en 1550 ?] une option esthétique - 5 pointes : 5 massifs - avec pour conséquence la solution de continuité entre galerie et logis ? Ou est-ce une option de 1562-63, plus tardive, du moment ou des suites immédiates de la Première guerre de religion, le moment où Antoine de Crussol fait aveu de fidélité à Charles IX et à Catherine de Médicis, ce qui a pu assez rapidement entraîner la décision de son élévation à la dignité ducale et de la part des Crussol, la décision de construire une nouvelle résidence; mais la longue accalmie - espérée définitive - qui a suivi cette période troublée, a pu entraîner l'option plus confortable de la continuité g |